I — L'œuvre

Combien vaut la Joconde ? Le prix d'un tableau invendable

La Joconde n'a pas de prix : propriété de l'État, inaliénable, elle ne peut être ni vendue ni achetée. Sa seule estimation chiffrée date de 1962 : 100 millions de dollars, soit environ un milliard de dollars d'aujourd'hui.

Mis à jour le · 8 min de lecture

Aucune balance ne peut peser la Joconde : la loi interdit de la vendre. Illustration IA
Valeur marchande
Aucune, œuvre inaliénable
Propriétaire
L'État français
Estimation 1962
100 millions de dollars
Record Guinness
Plus haute valorisation d'assurance
Billet pour la voir
22 € ou 32 €

La Joconde n'a pas de prix, au sens strict : elle appartient à l'État et fait partie du domaine public des collections des musées de France, ce qui la rend inaliénable. Elle ne peut être ni vendue, ni donnée, ni saisie. La seule valeur chiffrée qu'on lui ait jamais attribuée remonte à son voyage aux États-Unis : en décembre 1962, elle a été estimée à 100 millions de dollars pour les besoins de l'assurance, une somme inscrite au Guinness World Records et qui correspondrait à environ un milliard de dollars d'aujourd'hui. Tout autre chiffre relève de la spéculation.

La Joconde a-t-elle un prix ?

Un prix suppose un marché : un vendeur, un acheteur, une transaction. La Joconde n'a fait l'objet que d'une seule transaction connue : son acquisition par François Ier, datée de 1518 par le Louvre. Elle est ensuite passée des collections royales aux collections nationales à la Révolution (le musée retient la date de 1793). Elle n'a jamais été mise en vente depuis et ne peut pas l'être. Les « estimations » qui circulent, souvent de plusieurs milliards, ne reposent sur aucune expertise : ce sont des projections à partir des records d'enchères, invérifiables par nature.

On peut en revanche répondre à trois questions voisines, plus concrètes : combien la Joconde a été évaluée en 1962, combien François Ier l'a payée, et combien coûte aujourd'hui le simple fait de la regarder.

Pourquoi la Joconde ne peut pas être vendue

Le principe est inscrit dans le Code du patrimoine. Son article L. 451-5 dispose que « les biens constituant les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont, à ce titre, inaliénables ». Le Code général de la propriété des personnes publiques range expressément les collections des musées dans le domaine public mobilier (article L. 2112-1) et précise que les biens du domaine public sont inaliénables et imprescriptibles (article L. 3111-1).

  • Inaliénable : aucune vente, aucune donation, aucun échange n'est possible tant que l'œuvre appartient au domaine public.
  • Imprescriptible : même volée, l'œuvre reste propriété de l'État, quel que soit le temps écoulé. Un tableau dérobé, comme la Joconde lors du vol de 1911, ne peut donc jamais être acquis légalement par un tiers.
  • Déclassement : pour sortir une œuvre des collections, il faudrait une décision de déclassement, soumise depuis la loi du 7 décembre 2020 à l'avis conforme du Haut Conseil des musées de France. Cette procédure reste exceptionnelle ; l'appliquer au tableau le plus regardé du monde n'aurait aucun sens.

Cette protection prolonge une longue tradition française : le domaine de la Couronne était déjà réputé inaliénable sous l'Ancien Régime. La Joconde, entrée dans les collections royales sous François Ier, n'en est donc jamais vraiment sortie, comme le rappelle la page pourquoi la Joconde est en France.

1962 : 100 millions de dollars, un record Guinness

En décembre 1962, la Joconde embarque pour les États-Unis, prêtée pour une exposition à Washington puis à New York, un séjour qui s'achève le 12 mars 1963 (le récit complet figure dans les voyages de la Joconde). Pour ce déplacement, sa valeur est évaluée à 100 millions de dollars. Le Guinness World Records en a fait le record de la plus haute valorisation d'assurance pour un tableau (Highest insurance valuation for a painting), daté du 14 décembre 1962.

Le détail compte : la Joconde n'a pas été assurée. Selon le Guinness, l'assurance n'a pas été conclue parce que les mesures de sécurité les plus poussées coûtaient moins cher que les primes. La France a préféré payer la protection plutôt que la police. C'est d'ailleurs la règle générale pour les collections nationales : selon un principe ancien, l'État est son propre assureur et supporte lui-même le risque.

Évocation : en décembre 1962, la Joconde traverse l'Atlantique dans une caisse étanche, sans contrat d'assurance. Illustration IA

Combien vaudrait la Joconde aujourd'hui ?

Aucune réponse n'est sérieuse au-delà d'un ordre de grandeur. Le raisonnement le plus simple consiste à actualiser l'estimation de 1962 :

  1. Point de départ : 100 millions de dollars en décembre 1962.
  2. Inflation américaine : l'indice des prix à la consommation des États-Unis a été multiplié par un peu plus de dix depuis 1962.
  3. Résultat : environ 1 milliard de dollars d'aujourd'hui, ordre de grandeur repris par la plupart des calculs publiés.
  4. Limite : les prix des chefs-d'œuvre ont progressé bien plus vite que l'inflation depuis les années 1980. L'estimation actualisée est donc un plancher plutôt qu'une valeur.

Reste qu'une vente hypothétique de la Joconde n'aurait aucun équivalent : œuvre la plus célèbre du monde, d'un peintre dont une vingtaine de tableaux au plus sont généralement acceptés, elle sortirait de toute échelle connue. C'est précisément pourquoi le chiffre n'a pas de sens.

Les records d'enchères, pour comparer

Le marché offre tout de même des repères. Le record absolu est détenu par un autre tableau attribué à Léonard, le Salvator Mundi, dont l'attribution reste discutée par une partie des spécialistes (voir les œuvres de Léonard de Vinci).

ŒuvreArtistePrix (frais inclus)Vente
Salvator MundiAttribué à Léonard de Vinci450,3 millions de dollarsChristie's, New York, 15 novembre 2017
Portrait d'Elisabeth LedererGustav Klimt236,4 millions de dollarsSotheby's, New York, novembre 2025
Shot Sage Blue MarilynAndy Warhol195 millions de dollarsChristie's, New York, mai 2022
Les Femmes d'Alger (version O)Pablo Picasso179,4 millions de dollarsChristie's, New York, mai 2015
Nu couchéAmedeo Modigliani170,4 millions de dollarsChristie's, New York, novembre 2015
IrisClaude Monet50 millions d'eurosSotheby's, Paris, 22 octobre 2026 (record en France)

Ces montants restent inférieurs à la valorisation de 1962 actualisée. Les ventes de gré à gré, dont les prix ne sont connus que par la presse, ne figurent pas dans ce tableau : leurs montants ne sont jamais confirmés officiellement.

Évocation : la Joconde ne passera jamais sous le marteau ; le chevalet reste vide. Illustration IA

Combien François Ier a-t-il payé la Joconde ?

On ne le sait pas avec certitude. Le document le plus solide a été publié en 1999 par l'historien Bertrand Jestaz dans la Revue de l'Art : un registre des comptes royaux conservé aux Archives nationales mentionne, en 1518, un paiement d'environ 2 604 livres tournois (l'équivalent de 6 250 lires impériales milanaises) à Salaì, l'élève et compagnon de Léonard, pour plusieurs tableaux remis au roi. Le texte ne nomme pas les œuvres. Le Louvre s'appuie sur cette découverte pour dater de 1518 l'acquisition de la Joconde par François Ier.

Pour donner une idée de l'importance de la somme, Léonard recevait alors du roi une pension d'environ 2 000 livres tournois par an, d'après les comptes étudiés par les historiens, bien plus que les autres artistes de la cour. Le chiffre de 4 000 écus, que l'on lit souvent, provient de récits bien postérieurs ; on l'attribue généralement au Père Dan, auteur en 1642 d'un Trésor des merveilles de Fontainebleau. Aucun document comptable ne le confirme. Convertir ces sommes en euros d'aujourd'hui n'aurait pas de sens précis : les structures de prix de 1518 sont sans commune mesure avec les nôtres. Pour le contexte de cet achat, voir aussi qui a peint la Joconde.

Combien coûte de voir la Joconde ?

C'est le seul prix réel de la Joconde : celui du billet d'entrée du Louvre. En novembre 2026, il est de 22 € pour les résidents de l'Espace économique européen et de 32 € pour les autres visiteurs, depuis le 14 janvier 2026. L'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, pour les 18–25 ans résidents ou ressortissants de l'EEE et pour plusieurs autres catégories, ainsi que le premier vendredi du mois après 18 h (hors juillet et août). Il n'existe pas de supplément pour la Joconde. Horaires, réservation et accès à la salle 711 sont détaillés dans notre guide pour voir la Joconde au Louvre.

Et pour avoir une Joconde chez soi ?

Faute de pouvoir acheter l'original, on peut acquérir une copie, à tous les prix. Les copies anciennes peintes ont leur propre marché : en juin 2021, une copie du XVIIe siècle, dite « Joconde Hekking », a été adjugée environ 2,9 millions d'euros chez Christie's à Paris. Les autres versions de la Joconde, comme celle du Prado, restent dans des musées. Pour un budget ordinaire, les options vont de l'affiche officielle de la boutique du Louvre à la copie peinte à la main, comparées sur la page reproduction de la Joconde. Et il existe même une Joconde en briques : le kit LEGO Art de la Joconde.

Questions fréquentes

Combien vaut la Joconde ?

Officiellement, rien : la Joconde est inaliénable et n'a donc pas de valeur marchande. Sa seule estimation, faite pour son voyage aux États-Unis en 1962, était de 100 millions de dollars, soit environ un milliard de dollars d'aujourd'hui en tenant compte de l'inflation. Les chiffres de plusieurs milliards qui circulent sont des spéculations sans fondement documenté.

La France pourrait-elle vendre la Joconde ?

Non, en l'état du droit. L'article L. 451-5 du Code du patrimoine rend inaliénables les collections des musées de France appartenant à une personne publique. Une vente supposerait un déclassement, soumis à l'avis conforme du Haut Conseil des musées de France, ou une loi spécifique. Aucune de ces voies n'a jamais été envisagée sérieusement.

La Joconde est-elle assurée ?

Non. Même en 1962, quand elle a été évaluée à 100 millions de dollars pour son voyage aux États-Unis, aucune assurance n'a été conclue : selon le Guinness World Records, les mesures de sécurité coûtaient moins cher que les primes. Pour ses collections nationales, l'État supporte lui-même le risque plutôt que de payer des assureurs.

Combien François Ier a-t-il payé la Joconde ?

Le montant exact est inconnu. Un paiement de 1518 d'environ 2 604 livres tournois à Salaì, l'élève de Léonard, pour plusieurs tableaux remis au roi, publié par Bertrand Jestaz en 1999, est le document le plus solide, mais il ne nomme pas les œuvres. Le chiffre de 4 000 écus, souvent cité, repose sur des récits tardifs.

Combien coûte l'entrée pour voir la Joconde ?

Il faut un billet du Louvre : 22 € pour les résidents de l'Espace économique européen, 32 € pour les autres visiteurs, en novembre 2026. La Joconde ne fait l'objet d'aucun supplément. L'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les 18–25 ans de l'EEE, entre autres. La réservation d'un créneau horaire en ligne est recommandée.

Sources

  • Code du patrimoine, articles L. 451-5 à L. 451-9 (Légifrance) ; Code général de la propriété des personnes publiques, articles L. 2112-1 et L. 3111-1.
  • Guinness World Records, « Highest insurance valuation for a painting ».
  • Bertrand Jestaz, « François Ier, Salaì et les tableaux de Léonard », Revue de l'Art, n° 126, 1999, p. 68-72.
  • Musée du Louvre, notice de la Joconde (INV 779) ; horaires et tarifs, consultés en novembre 2026.
  • Christie's et Sotheby's, résultats de ventes ; presse internationale (novembre 2017, mai 2015, novembre 2015, mai 2022, novembre 2025) ; Paris Match, vente de l'Iris de Monet, 23 octobre 2026.

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