II — Histoire

La Joconde vandalisée : attaques et protection

Depuis 1956, la Joconde a été visée au moins six fois : acide, pierre, peinture, tasse, gâteau, soupe. Seules les deux attaques de 1956 ont touché la peinture ; depuis, c'est la vitre blindée qui encaisse.

Mis à jour le · 7 min de lecture

Depuis 1956, aucune attaque n'a atteint la peinture : la vitre fait écran. Illustration IA
Attaques recensées
au moins 6 depuis 1956
Dégâts sur la peinture
1956 uniquement
Dernière attaque
28 janvier 2024 (soupe)
Protection
vitrine blindée et climatisée
Salle
salle des États (711)

La Joconde a été vandalisée au moins six fois depuis 1956 : de l'acide et une pierre en 1956, de la peinture rouge à Tokyo en 1974, une tasse en 2009, un gâteau en 2022 et de la soupe le 28 janvier 2024. Seules les attaques de 1956 ont endommagé la couche picturale, notamment au niveau du coude gauche, aussitôt restauré. Toutes les suivantes se sont écrasées sur la vitre blindée qui isole le tableau, aujourd'hui exposé dans une vitrine climatisée de la salle des États. Le tableau, lui, est intact.

1956 : les deux seules attaques qui ont abîmé la Joconde

L'acide. De nombreuses chroniques rapportent qu'en 1956 un visiteur a projeté de l'acide sur le tableau, endommageant sa partie inférieure. L'épisode est pourtant le plus mal documenté de la série : la date exacte, l'auteur et même le lieu varient selon les récits, certains le situant lors d'une présentation à Montauban. Faute de source de première main accessible, il faut le tenir pour probable mais imprécis.

La pierre. L'attaque du 30 décembre 1956, un dimanche après-midi, est en revanche bien établie. Un jeune Bolivien, Ugo Ungaza Villegas, lance une pierre sur la Joconde. Le verre protecteur se brise et quelques écailles de peinture se détachent au niveau du coude gauche du modèle. Le gardien l'interpelle, désigné par la foule. Un expert interrogé par la télévision en janvier 1957 parle d'une « reconstitution partielle » de la zone abîmée, sans perte de valeur pour l'œuvre. La vitre est remplacée par un verre plus épais.

La Joconde était déjà sous verre à cette date : elle l'est depuis 1911 au moins, puisque Vincenzo Peruggia avait dû abandonner cadre et vitre dans un escalier pour emporter le panneau (voir le vol de la Joconde).

1974 : de la peinture rouge à Tokyo

Le 20 avril 1974, jour d'ouverture de l'exposition du Musée national de Tokyo, une militante féministe handicapée par les séquelles d'une poliomyélite projette de la peinture rouge en aérosol vers le tableau. Elle protestait contre le règlement de l'exposition, qui écartait d'avance les personnes nécessitant une aide, une partie des personnes âgées et les jeunes enfants, au nom de l'affluence attendue. La vitre arrête la peinture : le tableau n'est pas touché. L'exposition attire environ 1,5 million de visiteurs en cinquante jours ; ce voyage est raconté dans les voyages de la Joconde.

Tokyo, 20 avril 1974 : la peinture rouge s'arrête sur la vitre. Illustration IA

2009 : une tasse lancée contre la vitre

Le 2 août 2009, une touriste russe lance contre la Joconde une tasse en terre cuite achetée à la boutique du musée. La tasse se brise sur la vitrine, sans conséquence pour le tableau. Selon les comptes rendus de l'époque, la visiteuse était bouleversée de s'être vu refuser la nationalité française. Le geste, qui interrompt quelques minutes la visite de la salle, confirme l'utilité du dispositif installé en 2005.

2022 et 2024 : gâteau et soupe, l'ère de l'activisme

Le gâteau. Le 29 mai 2022, un homme déguisé en vieille dame, une perruque sur la tête, s'approche en fauteuil roulant, se lève et écrase un gâteau à la crème sur la vitre, avant de lancer des roses et d'appeler le public à penser à la planète. L'homme est interpellé et le Louvre porte plainte. La Joconde est intacte ; seule la vitre est à nettoyer.

La soupe. Le dimanche 28 janvier 2024, deux militantes du collectif Riposte alimentaire s'approchent de la vitrine et y jettent de la soupe, avant de réclamer une « sécurité sociale de l'alimentation » et de dénoncer un système agricole qu'elles jugent malade. Le musée évacue la salle, nettoie la vitre et rouvre rapidement ; les deux femmes sont interpellées. L'action s'inscrit dans la vague d'actions de militants écologistes contre des chefs-d'œuvre, lancée en 2022 avec la soupe projetée sur Les Tournesols de Van Gogh à Londres et la purée sur une Meule de Monet à Potsdam, toujours protégés par une vitre.

29 mai 2022 : un gâteau à la crème sur la vitre, des roses au sol, un tableau intact. Illustration IA

Tableau récapitulatif des attaques contre la Joconde

DateLieuProjectileAuteur et motifConséquences
1956 (date discutée)IncertainAcideVisiteur non identifiéPartie inférieure endommagée selon les récits
30 décembre 1956LouvrePierreUgo Ungaza Villegas, jeune BolivienVitre brisée, écailles au coude gauche, restauration
20 avril 1974Musée national de TokyoPeinture rouge en aérosolMilitante handicapée, contre l'exclusion des visiteurs handicapésAucun dommage, vitre efficace
2 août 2009Louvre, salle des ÉtatsTasse en terre cuiteTouriste russe, refus de naturalisationAucun dommage
29 mai 2022Louvre, salle des ÉtatsGâteau à la crèmeHomme déguisé, message écologisteAucun dommage, vitre nettoyée
28 janvier 2024Louvre, salle des ÉtatsSoupeDeux militantes de Riposte alimentaireAucun dommage, salle évacuée puis rouverte

Comment la Joconde est-elle protégée aujourd'hui ?

Depuis 2005, le tableau est seul sur une cimaise indépendante, au centre de la salle des États, dans une vitrine conçue avec l'architecte Lorenzo Piqueras lors d'un réaménagement d'environ 5 millions d'euros financé par la chaîne japonaise Nippon Television. Le dispositif a été renouvelé en 2019, pendant que le tableau était exposé dans la galerie Médicis : la vitrine a reçu un verre plus transparent, et la salle a été repeinte en bleu nuit. Les principaux éléments de protection :

  • Un verre feuilleté blindé, capable d'arrêter projectiles et liquides ; il a été renforcé après chaque incident marquant.
  • Une vitrine climatisée et étanche qui maintient autour du panneau une hygrométrie stable, de l'ordre de 50 % d'humidité relative, et une température voisine de 21 °C, selon Vaisala, qui fournit les capteurs de la vitrine. Le bois de peuplier réagit aux variations d'humidité : c'est la principale menace à long terme.
  • Un éclairage LED, installé en 2013, qui limite les rayonnements infrarouges et ultraviolets.
  • Une mise à distance du public par une barrière et une file d'attente encadrée, sous la surveillance permanente d'agents et de caméras.
  • Un constat d'état annuel : une fois par an, le tableau est sorti de sa vitrine, examiné par les conservateurs et restaurateurs, puis remis en place.

Le droit pénal ajoute une dissuasion : la dégradation d'un bien culturel exposé dans un musée de France est punie de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende (article 322-3-1 du Code pénal). Le futur espace prévu par le programme « Louvre Nouvelle Renaissance » devra intégrer ces mêmes contraintes ; voir la future salle de la Joconde.

Pourquoi s'attaquer à la Joconde ?

Les motifs varient : détresse personnelle (2009), revendication d'accessibilité (1974), militantisme écologiste ou alimentaire (2022, 2024), geste inexpliqué (1956). Le point commun est la visibilité. Aucun tableau n'est plus photographié, et chaque incident est filmé par des dizaines de téléphones dans la seconde. Les militants le reconnaissent : ils visent une image mondialement connue, protégée par une vitre, pour garantir l'écho médiatique sans détruire l'œuvre. Pour le musée, la conséquence est surtout logistique : salle évacuée, nettoyage, enquête. Pour comprendre d'où vient ce statut d'icône, voir pourquoi la Joconde est célèbre ; pour préparer sa visite, voir la Joconde au Louvre.

Questions fréquentes

Pourquoi la Joconde est-elle derrière une vitre ?

Pour la protéger des attaques, mais aussi des variations d'humidité et de température. Le panneau de peuplier est fragile et sensible au climat. La vitrine climatisée maintient des conditions stables, et le verre blindé arrête projectiles et liquides. Depuis la pierre lancée en 1956, aucune attaque n'a atteint la peinture.

La soupe a-t-elle abîmé la Joconde ?

Non. Le 28 janvier 2024, la soupe lancée par deux militantes de Riposte alimentaire s'est écrasée sur la vitre de protection. Le Louvre a évacué la salle, nettoyé le verre et rouvert l'accès rapidement. Le tableau n'a subi aucun dommage, comme lors de l'attaque au gâteau de 2022.

Qui a lancé un gâteau sur la Joconde ?

Le 29 mai 2022, un homme d'une trentaine d'années, déguisé en vieille dame et arrivé en fauteuil roulant, a écrasé un gâteau à la crème sur la vitre avant d'appeler le public à penser à la planète. Il a été interpellé et le Louvre a porté plainte. Le tableau est resté intact.

La vitre de la Joconde est-elle pare-balles ?

Le tableau est protégé par un verre blindé feuilleté, renforcé à plusieurs reprises depuis 1956 et remplacé en 2019 par un verre plus transparent. Les spécifications exactes de ce vitrage ne figurent pas dans les communications du musée : les épaisseurs et classes de résistance qui circulent en ligne ne sont pas des données officielles.

La Joconde a-t-elle déjà été restaurée après une attaque ?

Oui, après la pierre lancée le 30 décembre 1956 : quelques écailles de peinture s'étaient détachées au niveau du coude gauche, et la zone a fait l'objet d'une reconstitution partielle. C'est la seule intervention documentée liée à une attaque. Les attaques suivantes n'ont touché que la vitre.

Sources

  • INA, « Retour sur l'attaque qui faillit coûter un bras à La Joconde » (archives télévisées de 1956-1957).
  • Le Journal des Arts, « La Joconde encore victime des éco-activistes », 28 janvier 2024.
  • Reporterre, « Riposte alimentaire : pourquoi ce collectif a aspergé La Joconde », janvier 2024.
  • Arai Yūki, article sur l'« affaire de l'aérosol de la Joconde » de 1974, imidas (Shūeisha).
  • Musée du Louvre, « La Joconde prend ses quartiers d'été dans la Galerie Médicis », 2019 ; réponse ministérielle à la question écrite n° 23077 (Assemblée nationale, XVe législature) sur la rénovation de la salle des États.
  • Code pénal, article 322-3-1 (Légifrance).
  • Vaisala, étude de cas « Mona Lisa preserved by Vaisala » (climat de la vitrine).

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