Les voyages de la Joconde, de Florence à Tokyo
Hors temps de guerre, la Joconde n'a voyagé que trois fois : en Italie après son vol, en 1913, aux États-Unis en 1963, au Japon et en URSS en 1974. Depuis, le Louvre refuse tout prêt.
- Italie
- décembre 1913
- États-Unis
- décembre 1962 - mars 1963
- Japon
- avril-juin 1974
- URSS
- juin-juillet 1974
- Dernier prêt
- 1974
La Joconde n'a franchi les frontières françaises que trois fois en temps de paix. En décembre 1913, retrouvée à Florence après son vol, elle est exposée aux Offices, à Rome et à Milan avant de rentrer à Paris. De décembre 1962 à mars 1963, André Malraux la prête aux États-Unis : plus de 1,5 million de visiteurs la voient à Washington et à New York. En 1974, elle est présentée au Musée national de Tokyo, où environ 1,5 million de personnes défilent devant elle en cinquante jours, puis au musée Pouchkine de Moscou. C'est son dernier voyage : jugée trop fragile, elle ne quitte plus le Louvre.
Les voyages de la Joconde en un tableau
| Année | Ville | Lieu d'exposition | Dates | Fréquentation |
|---|---|---|---|---|
| 1913 | Florence | Galerie des Offices | Mi-décembre 1913, quelques jours | Foules considérables |
| 1913 | Rome | Palais Farnèse (ambassade de France), galerie Borghèse | Autour de Noël 1913 | Non chiffrée |
| 1913 | Milan | Pinacothèque de Brera | 29-30 décembre 1913 | 18 000 billets le premier jour |
| 1963 | Washington | National Gallery of Art | 8 janvier - 3 février 1963 | Plus de 518 000 visiteurs |
| 1963 | New York | Metropolitan Museum of Art | 7 février - 4 mars 1963 | Environ 1 million |
| 1974 | Tokyo | Musée national de Tokyo | À partir du 20 avril 1974, 50 jours | Environ 1,5 million |
| 1974 | Moscou | Musée Pouchkine | Juin-juillet 1974 | Non communiquée de façon fiable |
Décembre 1913 : la tournée italienne après le vol
Le premier voyage de la Joconde n'a rien d'un prêt : il prolonge le vol de 1911. Retrouvée à Florence les 10 et 11 décembre 1913, chez son voleur Vincenzo Peruggia, elle est exposée quelques jours à la galerie des Offices, dont le directeur, Giovanni Poggi, venait de l'authentifier. Elle gagne ensuite Rome, où elle est présentée au palais Farnèse, siège de l'ambassade de France, puis à la galerie Borghèse, et enfin Milan : à la Pinacothèque de Brera, les 29 et 30 décembre, 18 000 billets sont vendus dès le premier jour, avant une ouverture gratuite en soirée prise d'assaut. Le tableau arrive à Paris en train le 31 décembre et retrouve le Salon carré du Louvre le 4 janvier 1914. Ce sera la seule présentation de la Joconde en Italie depuis le départ de Léonard pour la France, une question développée dans pourquoi la Joconde est en France.
1963 : la Joconde aux États-Unis, une affaire d'État
Le prêt naît d'une relation personnelle. Jacqueline Kennedy et André Malraux, ministre des Affaires culturelles, se sont rencontrés lors de la visite présidentielle à Paris en 1961 ; lors du séjour de Malraux à Washington au printemps 1962, l'idée d'envoyer la Joconde aux États-Unis prend forme. Les conservateurs du Louvre s'inquiètent pour le panneau ; Malraux passe outre.
Le 14 décembre 1962, au petit matin, le tableau quitte le Louvre en camion sous escorte pour Le Havre. Il embarque sur le paquebot France, dans une cabine qui lui est réservée, accompagné de gardiens et de responsables du musée, et accoste à New York le 19 décembre. Pour ce voyage, il est évalué à 100 millions de dollars, chiffre retenu par le Guinness des records comme la plus haute estimation d'assurance jamais attribuée à un tableau ; selon les récits du prêt, l'État français choisit pourtant de ne pas l'assurer et de financer plutôt la sécurité (voir le prix de la Joconde).
Le 8 janvier 1963, la National Gallery of Art de Washington dévoile la Joconde devant environ 2 000 invités, en présence du couple Kennedy ; John F. Kennedy et André Malraux prononcent chacun un discours. Ouverte au public dès le lendemain, l'exposition attire plus de 518 000 visiteurs jusqu'au 3 février ; le musée prolonge ses horaires et ouvre le soir. Le tableau rejoint ensuite le Metropolitan Museum de New York, où il est présenté du 7 février au 4 mars 1963 : environ un million de visiteurs, dont 63 675 le jour le plus chargé. Le 7 mars, il repart sur le paquebot United States et retrouve le Louvre à la mi-mars.
1974 : Tokyo, puis Moscou
Onze ans plus tard, la Joconde part pour le Japon, cette fois en avion, et pour la première fois dans une vitrine étanche, ancêtre de celle qui la protège aujourd'hui. L'exposition du Musée national de Tokyo, organisée avec l'Agence japonaise pour les affaires culturelles et le Musée national d'art occidental, ouvre le 20 avril 1974. Environ 20 000 personnes se pressent le premier jour, et près de 1,5 million en cinquante jours : chaque visiteur ne dispose que de quelques secondes devant le tableau. Pour fluidifier la circulation, les organisateurs ont écarté d'avance les personnes nécessitant une aide, une partie des personnes âgées et les jeunes enfants. Le jour de l'ouverture, une militante handicapée projette de la peinture rouge en aérosol pour dénoncer cette exclusion ; la vitre protège le tableau (voir la Joconde vandalisée).
Sur le chemin du retour, l'URSS obtient une étape à Moscou. Le musée Pouchkine, dirigé par Irina Antonova, présente la Joconde en juin et juillet 1974. Les files d'attente s'allongent chaque jour dans la capitale soviétique, et le temps accordé à chaque visiteur se compte, là aussi, en secondes.
Les autres départs : guerres et travaux
Ces trois voyages ne sont pas les seuls déplacements du tableau. En temps de guerre, la Joconde a été mise à l'abri loin de Paris : à l'arsenal de Brest en 1870-1871, à Bordeaux puis à Toulouse entre 1914 et 1919, et dans cinq refuges successifs de 1939 à 1945, de Chambord au château de Montal, épisode détaillé dans la Joconde pendant la Seconde Guerre mondiale. À l'intérieur du Louvre, elle change de salle au gré des chantiers : la dernière fois du 17 juillet au 7 octobre 2019, dans la galerie Médicis, pendant la rénovation de la salle des États. Le programme « Louvre Nouvelle Renaissance » prévoit un nouveau déménagement, vers un espace dédié, à l'horizon 2031.
Pourquoi la Joconde ne voyage plus
Depuis 1974, le Louvre oppose un refus constant à toutes les demandes de prêt, en France comme à l'étranger. Les raisons sont d'abord matérielles :
- Un support fragile. La Joconde est peinte sur un panneau de peuplier d'environ 79 × 53 cm, légèrement voilé, qui porte une fente ancienne partant du bord supérieur, stabilisée de longue date au revers. Le bois réagit aux variations d'humidité et aux vibrations, deux risques inhérents à tout transport.
- Le risque de la foule. Les expositions de 1963 et 1974 ont montré l'ampleur de l'affluence et l'exposition du tableau aux gestes malveillants, comme à Tokyo.
- Le rôle du tableau au Louvre. Une large part des visiteurs du musée viennent pour elle ; une absence de plusieurs mois perturberait toute la fréquentation du site.
Les demandes n'ont pourtant pas manqué. En Italie, des campagnes ont réclamé une présentation à Florence, notamment autour du centenaire de sa redécouverte, en 2013. En 2018, l'idée de la faire circuler en France, avancée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen, s'est heurtée à la même réponse du musée. En 2019, la Joconde n'a même pas rejoint la grande exposition Léonard de Vinci organisée au Louvre : elle est restée dans la salle des États, où l'on peut la voir aujourd'hui (voir voir la Joconde au Louvre).
Questions fréquentes
La Joconde est-elle déjà allée aux États-Unis ?
Oui, une seule fois, de décembre 1962 à mars 1963. Prêtée à l'initiative d'André Malraux et de Jacqueline Kennedy, elle a été exposée à la National Gallery of Art de Washington, du 8 janvier au 3 février 1963, puis au Metropolitan Museum de New York, du 7 février au 4 mars. Plus de 1,5 million de visiteurs l'ont vue.
Combien de personnes ont vu la Joconde au Japon en 1974 ?
Environ 1,5 million de visiteurs en cinquante jours, au Musée national de Tokyo, à partir du 20 avril 1974, dont quelque 20 000 le jour de l'ouverture. Chaque visiteur ne disposait que de quelques secondes devant le tableau. C'est l'une des plus fortes fréquentations jamais enregistrées pour une exposition consacrée à un seul tableau.
La Joconde peut-elle être prêtée à un autre musée ?
En droit, un prêt reste possible : la Joconde appartient à l'État et le Louvre peut prêter ses œuvres. En pratique, le musée refuse systématiquement depuis 1974, en raison de la fragilité du panneau de peuplier et des risques liés au transport et à la foule. Aucune demande, française ou étrangère, n'a été acceptée depuis.
Quel a été le dernier voyage de la Joconde ?
Le voyage de 1974 : exposée au Musée national de Tokyo à partir du 20 avril, elle a ensuite été présentée au musée Pouchkine de Moscou en juin et juillet 1974, avant de rentrer à Paris. Depuis, elle n'a quitté la salle où elle est exposée que pour des déménagements internes au Louvre, comme en 2019.
Comment la Joconde a-t-elle traversé l'Atlantique en 1962 ?
Par bateau. Partie du Louvre le 14 décembre 1962 sous escorte, elle a embarqué au Havre sur le paquebot France, dans une cabine qui lui était réservée, et a accosté à New York le 19 décembre. Le retour s'est fait en mars 1963 à bord du paquebot United States.
Sources
- National Gallery of Art, fiche de l'exposition « Mona Lisa by Leonardo da Vinci » (1963).
- The Metropolitan Museum of Art, « Today in Met History: February 4 ».
- Margaret Leslie Davis, Mona Lisa in Camelot: How Jacqueline Kennedy and the Mona Lisa Changed America, 2008.
- Pinkerton, « Mona Lisa and the Pinkertons, 1962-63 » (récit de l'escorte de sécurité).
- Arai Yūki, article sur l'exposition et l'« affaire de l'aérosol » de 1974, imidas (Shūeisha).
- Finestre sull'Arte, « Lorsque la Joconde a été exposée à la Pinacothèque de Brera à Milan ».
- Musée du Louvre, « La Joconde prend ses quartiers d'été dans la Galerie Médicis », 2019.
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