II — Histoire

Le vol de la Joconde, 21 août 1911

Le lundi 21 août 1911, jour de fermeture, un ancien ouvrier du Louvre, Vincenzo Peruggia, emporte la Joconde. Elle reste cachée vingt-huit mois dans sa chambre parisienne avant d'être retrouvée à Florence en décembre 1913.

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Le 22 août 1911, au Salon carré, il ne reste que les quatre crochets. Illustration IA
Date
lundi 21 août 1911
Lieu
Salon carré, Louvre
Voleur
Vincenzo Peruggia
Retrouvée
Florence, décembre 1913
Retour au Louvre
4 janvier 1914

Le vol de la Joconde a lieu le lundi 21 août 1911, jour de fermeture hebdomadaire du Louvre. Le voleur, Vincenzo Peruggia, est un ouvrier italien de 29 ans qui a travaillé au musée : il décroche le panneau du Salon carré, le libère de son cadre et de sa vitre dans un escalier de service, puis quitte le palais avec le tableau. La disparition n'est constatée que le lendemain. Pendant vingt-huit mois, la police cherche partout, sauf au bon endroit : la Joconde n'a pas quitté Paris, cachée dans la chambre du voleur, jusqu'à ce qu'il tente de la vendre à Florence en décembre 1913. L'épisode a changé le destin du tableau, comme le montre l'histoire de la Joconde.

Lundi 21 août 1911 : comment la Joconde a été volée

Né le 8 octobre 1881 à Dumenza, en Lombardie, Vincenzo Peruggia vit à Paris depuis 1908. Il a été employé quelques mois au Louvre par une entreprise de vitrerie, au moment où le musée mettait ses tableaux les plus précieux sous verre : il connaît les lieux, les gardiens et le cadre vitré de la Joconde, qu'il a probablement aidé à poser. Il sait aussi que le lundi, le musée est fermé au public et livré aux équipes d'entretien. Le tableau n'est alors protégé que par cette simple vitre, loin de la vitrine blindée de la salle des États d'aujourd'hui.

Le déroulé exact reste discuté. Selon ses propres déclarations, Peruggia entre tôt le matin, vers 7 heures, par une porte de service, vêtu de la blouse blanche des ouvriers du musée ; une autre version, très répandue, le fait passer la nuit précédente caché dans un réduit. Il décroche le panneau, d'environ 79 × 53 cm, l'emporte dans un escalier de service, y abandonne le cadre et la vitre, et dissimule le tableau sous ses vêtements ou dans une étoffe. Une porte est verrouillée : un plombier qui passe, sans rien soupçonner, la lui ouvre. Peruggia sort sur le quai et rentre chez lui.

Mardi 22 août : le cadre vide du Salon carré

Le lendemain matin, le peintre Louis Béroud, venu travailler au Salon carré, découvre les quatre crochets nus. Les gardiens pensent d'abord que le tableau est chez les photographes chargés de reproduire les œuvres : plusieurs heures passent avant que l'alerte ne soit donnée. Le cadre et la vitre sont retrouvés dans l'escalier. Le musée est évacué et reste fermé une semaine. Le 23 août, la nouvelle fait la une de la presse ; les journaux promettent des récompenses, et à la réouverture, le public se presse pour contempler l'emplacement vide. Le directeur des Musées nationaux, Théophile Homolle, doit quitter ses fonctions.

  1. Peruggia emporte la Joconde, un lundi de fermeture.
  2. Louis Béroud constate l'absence du tableau ; le Louvre ferme une semaine.
  3. Guillaume Apollinaire est arrêté, puis libéré le 12 septembre.
  4. Une lettre signée « Leonardo » propose le tableau à l'antiquaire florentin Alfredo Geri.
  5. Geri et Giovanni Poggi, directeur des Offices, authentifient le panneau ; Peruggia est arrêté.
  6. Après une tournée à Florence, Rome et Milan, la Joconde arrive à Paris.
  7. Elle est de nouveau présentée au Salon carré.
  8. Procès de Peruggia à Florence.

Une enquête qui piétine : Apollinaire en prison, Picasso interrogé

Le préfet de police Louis Lépine mobilise ses services. Selon le récit le plus souvent rapporté, le service d'identification d'Alphonse Bertillon relève une empreinte de pouce sur la vitre, mais ses fiches, classées d'après les mensurations anthropométriques, ne permettent pas de retrouver un individu à partir d'une seule empreinte — alors même que Peruggia, condamné auparavant pour une affaire mineure, figure dans les fichiers. Les policiers interrogent le personnel et les ouvriers passés au Louvre ; Peruggia est entendu chez lui en septembre 1911, sans que sa chambre soit fouillée.

L'enquête dévie vers les milieux artistiques. Un aventurier belge, Géry Pieret, ancien secrétaire de Guillaume Apollinaire, a dérobé au Louvre, quelques années plus tôt, des statuettes ibériques, dont deux ont fini chez Pablo Picasso. Le 29 août 1911, il se vante de ses larcins auprès du Paris-Journal et rapporte une statuette. Apollinaire est arrêté le 7 septembre et passe cinq jours à la prison de la Santé, qu'il évoquera dans le poème « À la Santé » d'Alcools (1913). Picasso est interrogé par le juge. Tous deux sont mis hors de cause : ils n'ont jamais eu de lien avec la Joconde.

Vincenzo Peruggia : vingt-huit mois avec la Joconde

Pendant ce temps, le tableau dort dans la chambre de Peruggia, 5 rue de l'Hôpital-Saint-Louis, dans le 10e arrondissement, enfermé dans une malle. Le voleur continue de travailler comme peintre-décorateur. À son procès, il présentera son geste comme patriotique : il croyait que la Joconde avait été volée à l'Italie par Napoléon et voulait la rendre à son pays. C'est une erreur historique — Léonard de Vinci a lui-même apporté le tableau en France, comme l'explique pourquoi la Joconde est en France — et les enquêteurs n'ont jamais exclu un motif plus prosaïque : Peruggia attendait une récompense, ou une forte somme, de son retour en Italie.

Pendant vingt-huit mois, la Joconde reste cachée dans une malle, dans une chambre du 10e arrondissement. Illustration IA

Florence, décembre 1913 : la Joconde retrouvée

Fin novembre 1913, l'antiquaire florentin Alfredo Geri reçoit une lettre signée « Leonardo » : l'expéditeur propose de rendre la Joconde à l'Italie. Geri prévient Giovanni Poggi, directeur de la galerie des Offices. Peruggia arrive à Florence avec le tableau et s'installe à l'hôtel Tripoli-Italia, via Panzani — l'établissement s'appelle aujourd'hui Hotel La Gioconda. Les 10 et 11 décembre, Geri et Poggi examinent le panneau, qu'il sort d'une malle. Ils retrouvent au revers les marques du Louvre, comparent les détails avec les photographies et emportent le tableau aux Offices « pour expertise ». Peruggia est arrêté à son hôtel dans la foulée, et la nouvelle fait le tour du monde.

Le retour en France et le procès de Peruggia

Avant de rendre le tableau, l'Italie le montre : quelques jours aux Offices, puis à Rome, au palais Farnèse, siège de l'ambassade de France, et à la galerie Borghèse, enfin à la Pinacothèque de Brera, à Milan, les 29 et 30 décembre. La Joconde arrive à Paris en train le 31 décembre 1913 et retrouve le public du Salon carré le 4 janvier 1914. Cette tournée improvisée est le premier des voyages de la Joconde.

Le procès s'ouvre à Florence les 4 et 5 juin 1914. Le tribunal, qui retient des circonstances atténuantes, condamne Peruggia à un an et quinze jours de prison. En appel, le 29 juillet 1914, la peine est ramenée à sept mois et huit jours ; ayant déjà purgé ce temps en détention, il est libéré. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, fait prisonnier, il revient ensuite en France, se marie et meurt à Saint-Maur-des-Fossés le 8 octobre 1925, le jour de ses 44 ans.

La légende Valfierno : un commanditaire imaginaire ?

En 1932, le journaliste américain Karl Decker publie dans le Saturday Evening Post un récit sensationnel : un escroc argentin, le « marquis Eduardo de Valfierno », aurait commandité le vol après avoir fait réaliser six copies de la Joconde par un faussaire, Yves Chaudron, puis vendu chacune à un collectionneur américain persuadé d'acheter l'original volé. L'original, inutile au marquis, aurait été abandonné à Peruggia. L'histoire explique commodément pourquoi le voleur a gardé le tableau si longtemps, mais rien ne l'étaye : aucune archive ne mentionne Valfierno ni ses copies, Decker est la seule source, et Peruggia n'a jamais évoqué de commanditaire. Il s'agit d'une légende non prouvée, que les historiens de l'affaire tiennent au mieux pour invérifiable.

Le Louvre et les vols, de 1911 au casse des bijoux de 2025

Le vol de 1911 n'est pas le seul de l'histoire du musée. En 1939, L'Indifférent de Watteau est dérobé en juin par un jeune homme qui le restitue au cours de l'été. En décembre 1976, l'épée de sacre de Charles X est volée dans la galerie d'Apollon ; elle n'a jamais été retrouvée, pas plus que Le Chemin de Sèvres de Corot, décroché en plein jour en mai 1998.

Le 19 octobre 2025, vers 9 h 30, peu après l'ouverture, un commando utilise un monte-meubles installé côté Seine pour atteindre un balcon de la galerie d'Apollon, découpe une fenêtre à la disqueuse, brise deux vitrines et emporte en moins de huit minutes huit joyaux de la Couronne, issus des parures des reines Marie-Amélie et Hortense et des impératrices Marie-Louise et Eugénie. La couronne d'Eugénie, également emportée puis lâchée dans la fuite, est retrouvée endommagée ; le diamant Régent n'a pas été touché. Le préjudice est estimé à 88 millions d'euros par la conservatrice du musée, selon le parquet de Paris. En octobre 2026, un an après les faits, quatre membres présumés du commando étaient en détention provisoire, deux avaient reconnu leur participation, et les bijoux restaient introuvables. Sur fond de critiques visant la sécurité du musée, la démission de sa présidente, Laurence des Cars, a été acceptée en février 2026 ; Christophe Leribault lui a succédé. La Joconde, elle, n'a pas été visée ; ses risques actuels tiennent surtout aux attaques de visiteurs, détaillées dans la Joconde vandalisée.

Questions fréquentes

Qui a volé la Joconde en 1911 ?

Vincenzo Peruggia, un ouvrier italien né en 1881 près de Varèse, qui avait travaillé au Louvre pour une entreprise de vitrerie. Il a été jugé seul ; d'éventuels complices, évoqués à l'époque, n'ont jamais été mis en cause par la justice. Il a gardé le tableau à Paris pendant vingt-huit mois avant de tenter de le vendre à un antiquaire de Florence, où il a été arrêté en décembre 1913.

Combien de temps la Joconde a-t-elle disparu ?

Vingt-huit mois environ : volée le 21 août 1911, elle est retrouvée à Florence les 10 et 11 décembre 1913. Après une courte tournée en Italie (Florence, Rome, Milan), elle arrive à Paris le 31 décembre 1913 et retrouve le Salon carré du Louvre le 4 janvier 1914.

Pourquoi Apollinaire et Picasso ont-ils été soupçonnés ?

À cause de Géry Pieret, ancien secrétaire d'Apollinaire, qui avait volé des statuettes ibériques au Louvre ; deux d'entre elles avaient abouti chez Picasso. Quand Pieret s'en vante dans la presse fin août 1911, la police fait le lien avec la Joconde. Apollinaire passe cinq jours en prison, Picasso est interrogé ; tous deux sont innocentés.

Quelle peine Vincenzo Peruggia a-t-il reçue ?

Le tribunal de Florence le condamne en juin 1914 à un an et quinze jours de prison, avec circonstances atténuantes. En appel, en juillet 1914, la peine est réduite à sept mois et huit jours. Comme il était détenu depuis décembre 1913, il est libéré aussitôt. Une partie de l'opinion italienne voyait en lui un patriote.

La Joconde du Louvre est-elle bien l'originale après le vol ?

Oui. En 1913, le directeur des Offices l'authentifie grâce aux marques du Louvre au revers, puis les conservateurs français la vérifient à son retour, notamment son panneau et ses accidents connus. Les examens scientifiques de 2004 confirment qu'il s'agit du panneau peint par Léonard. La légende de copies substituées, liée au récit Valfierno, ne repose sur aucune preuve.

Sources

  • Noah Charney, The Thefts of the Mona Lisa: On Stealing the World's Most Famous Painting, 2011.
  • Dorothy et Thomas Hoobler, The Crimes of Paris: A True Story of Murder, Theft, and Detection, 2009.
  • Jérôme Coignard, Une femme disparaît. Le vol de la Joconde au Louvre en 1911, Le Passage, 2010.
  • Le Figaro, 23 août 1911, et presse parisienne d'août-septembre 1911 (consultables sur Gallica, BnF).
  • Karl Decker, « Why and How the Mona Lisa Was Stolen », The Saturday Evening Post, 1932.
  • Finestre sull'Arte, « Lorsque la Joconde a été exposée à la Pinacothèque de Brera à Milan » (étape milanaise de décembre 1913).
  • Parquet de Paris, communiqués d'octobre et novembre 2025 sur le vol de la galerie d'Apollon ; CNews, « Casse du Louvre : où en est l'enquête un an après ? », 19 octobre 2026.

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