IV — Au Louvre

Nouvelle salle de la Joconde : ce qui est décidé, ce qui ne l'est pas

Annoncée en janvier 2025, la nouvelle salle de la Joconde est le cœur du projet Louvre Nouvelle Renaissance. En novembre 2026, l'équipe d'architectes est choisie, mais le coût a grimpé et l'ouverture en 2031 n'est plus garantie.

Mis à jour le · 10 min de lecture

Évocation. Le projet lauréat prévoit une nouvelle entrée face à la Colonnade et des fossés transformés en jardins. Illustration IA
Annonce
28 janvier 2025
Architectes
STUDIOS, Selldorf, BASE
Lauréat désigné
18 mai 2026
Coût annoncé
Au moins 1 milliard d'euros
Ouverture visée
2031, incertaine

La nouvelle salle de la Joconde n'existe pas encore. Elle fait partie du projet Louvre Nouvelle Renaissance, annoncé par Emmanuel Macron le 28 janvier 2025 : une nouvelle entrée à l'est du palais, côté Colonnade, et des espaces souterrains comprenant un lieu dédié au tableau de Léonard. En novembre 2026, une seule étape majeure est franchie : le concours d'architecture a désigné, le 18 mai 2026, l'équipe STUDIOS Architecture Paris, Selldorf Architects et BASE. Le budget est passé de 700–800 millions à au moins un milliard d'euros, et le vol d'octobre 2025 a fait passer la sécurité avant le reste. En attendant, la Joconde reste dans la salle des États.

Où en est le projet en novembre 2026 ?

ÉlémentStatutCe que l'on sait
Tarif différencié hors EEEEn vigueur32 € depuis le 14 janvier 2026, contre 22 € pour les résidents de l'EEE
Équipe d'architectesDésignéeSTUDIOS Architecture Paris (mandataire), Selldorf Architects, BASE Landscape Architecture, le 18 mai 2026
Espace dédié à la JocondeInscrit au programmeAccessible depuis deux nouvelles entrées souterraines ; surface et plan non publiés
Billet propre à la JocondeAnnoncé, non tranchéÉvoqué en janvier 2025, aucune grille tarifaire publiée
BudgetRéévalué700–800 M€ (janvier 2025), 1,15 Md€ (Cour des comptes), « au moins un milliard » (Louvre, mai 2026)
OuvertureObjectif, non garanti2031 visé à l'annonce ; gros œuvre attendu après mai 2027 selon la presse

L'annonce du 28 janvier 2025

Le projet naît d'une alerte. Le 13 janvier 2025, la présidente du Louvre, Laurence des Cars, adresse à la ministre de la Culture une note confidentielle, révélée par Le Parisien le 22 janvier : pannes à répétition, bâtiments dégradés, et une présentation de la Joconde à repenser. Environ 20 000 personnes défilent chaque jour devant le tableau, sans le contexte nécessaire pour comprendre l'œuvre ni son auteur. Laurence des Cars avait déjà suggéré, au printemps 2024, de lui offrir une salle à part.

Six jours plus tard, Emmanuel Macron prend la parole au Louvre, devant la Joconde. Il annonce un chantier d'une dizaine d'années, évalué à 700–800 millions d'euros, sans fermeture du musée. Les principaux engagements :

  • Une nouvelle entrée sur la façade est, près de la Colonnade de Perrault, pour soulager la Pyramide, conçue pour 4 millions de visiteurs par an quand le musée en reçoit près de 9 millions.
  • Un espace propre à la Joconde, sous la cour Carrée, accessible indépendamment du reste du musée et doté, selon l'Élysée, d'un « titre d'accès propre ».
  • Un concours international d'architecture, pour une ouverture en 2031 au plus tard.
  • Un tarif plus élevé pour les visiteurs non européens, dès 2026, pour contribuer au financement.
  • Un objectif de 12 millions de visiteurs par an, dont 900 000 élèves, à l'ouverture des nouveaux espaces.

Le concours d'architecture : cinq finalistes, un lauréat

  1. Lancement du concours international « Louvre – Nouvelle Renaissance ». Une centaine de candidatures sont reçues, dont deux tiers de l'étranger.
  2. Le jury retient cinq équipes : Amanda Levete Architects (AL_A) ; Architecture Studio avec Diller Scofidio + Renfro ; Dubuisson Architecture avec SANAA ; Sou Fujimoto Architects ; STUDIOS Architecture avec Selldorf Architects. Les noms sont rendus publics le 10 octobre.
  3. Réunion du jury, présidé par Marc Guillaume, préfet de la région Île-de-France, avec Christophe Leribault, président du Louvre, comme vice-président.
  4. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, annonce le lauréat du concours dit « Grande Colonnade ».

L'équipe gagnante associe STUDIOS Architecture Paris, mandataire, présidée par James Cowey ; Selldorf Architects, agence new-yorkaise fondée en 1988 par Annabelle Selldorf, chargée de la conception, de la scénographie et de la muséographie ; et BASE Landscape Architecture pour le paysage. Le calendrier initial, qui prévoyait un choix fin 2025 puis en janvier 2026, a donc glissé de plusieurs mois.

Ce que prévoit le projet lauréat

Le Louvre a décrit les grandes lignes du projet retenu ; aucun plan détaillé de la future salle n'a été publié. Le programme comprend :

  • Une entrée face à la Colonnade, desservie par un espace public réaménagé depuis le beffroi et l'église Saint-Germain-l'Auxerrois jusqu'au parvis, avec un belvédère sur la façade est.
  • Des fossés transformés en jardins, où l'on descendrait par deux rampes symétriques en pente douce ; restaurant et librairie-boutique prendraient place sous les rampes.
  • Deux nouvelles entrées souterraines, côté Seine et côté rue de Rivoli, sous deux jardins, menant aux espaces d'accueil, à de nouvelles salles d'exposition et au parcours de la Joconde.
  • Un espace dédié à la Joconde, où le tableau pourra être regardé dans de bonnes conditions, selon le musée.
  • Une salle d'expositions temporaires modulable, aux standards techniques élevés.

La surface de la salle de la Joconde reste inconnue. Au moment de l'annonce, la presse la situait sous la cour Carrée ; The Art Newspaper évoquait en novembre 2025 un ensemble souterrain d'environ 22 000 m² autour de la Joconde et d'un hall d'exposition. Une phase de concertation est engagée avec les équipes du musée, la Ville de Paris, les services de l'État chargés du patrimoine et de la sécurité, puis le public.

Évocation libre : aucune image officielle de la future salle n'a été publiée en novembre 2026. Illustration IA

Faudra-t-il un billet spécial pour la Joconde ?

C'est le point le plus flou. En janvier 2025, l'Élysée annonçait pour la Joconde un « titre d'accès propre », ce qui laissait imaginer un billet séparé. Quelques jours plus tard, sur France Inter, Laurence des Cars écartait un billet donnant accès à la seule Joconde, pour garder le tableau comme une « incitation à découvrir le reste du musée » : elle envisageait plutôt une « option Joconde » en supplément du billet d'entrée. Depuis, aucune grille tarifaire n'a été publiée pour le futur espace.

Ce qui est acquis, c'est la tarification différenciée : depuis le 14 janvier 2026, le billet coûte 32 € aux visiteurs qui ne résident pas dans l'Espace économique européen, contre 22 € pour les autres. Le musée en attend 15 à 20 millions d'euros de recettes supplémentaires par an. En novembre 2026, voir la Joconde ne demande aucun supplément : les conditions actuelles sont détaillées dans le guide pour voir la Joconde au Louvre.

Combien coûte le projet, et qui paie ?

Les chiffres ont glissé en dix-huit mois. L'Élysée annonçait 700 à 800 millions d'euros sur une dizaine d'années. Le 6 novembre 2025, la Cour des comptes, dans un rapport sur la gestion du musée de 2018 à 2024, estimait le programme à 1,15 milliard d'euros et le coût de la seule nouvelle entrée à 666 millions, contre 450 millions quelques mois plus tôt. Le 6 mai 2026, le nouveau président du musée, Christophe Leribault, confirmait dans Le Monde un coût d'au moins un milliard d'euros : « Le coût est incompressible ».

Le financement repose surtout sur les ressources du Louvre : billetterie (dont le tarif différencié), mécénat et redevances de la licence du Louvre Abu Dhabi. L'État a prévu 10 millions d'euros en 2025 pour les études préliminaires. La Cour des comptes jugeait ces hypothèses « fragiles ». Selon la presse spécialisée, une part importante des fonds doit encore être trouvée auprès de mécènes et d'entreprises : Christophe Leribault évoquait en mai 2026 un besoin de 330 millions d'euros supplémentaires.

Ouverture en 2031 : un calendrier qui glisse

L'objectif fixé en janvier 2025 était une ouverture de la nouvelle entrée et des espaces de la Joconde en 2031 au plus tard. Le Louvre, sur ses pages consacrées au concours, ne donne aucune date. Fin octobre 2026, la presse spécialisée indiquait que le gros œuvre, notamment l'accès souterrain sous la cour Carrée et la future salle, ne commencerait pas avant l'élection présidentielle de mai 2027, avec l'espoir d'une livraison avant celle de 2032. Selon la même source, le projet de loi de finances pour 2027 réduit par ailleurs les crédits de l'État destinés au Louvre. Tant qu'aucun calendrier de travaux n'est rendu public, 2031 reste un objectif politique.

Le vol d'octobre 2025 a rebattu les cartes

Le 19 octobre 2025, vers 9 h 30, des cambrioleurs pénètrent dans la galerie d'Apollon et emportent en moins de huit minutes huit pièces des joyaux de la Couronne, estimées à 88 millions d'euros par la conservation du musée, selon le parquet de Paris. Le rapport de la Cour des comptes, publié trois semaines plus tard mais rédigé avant le vol, reproche au Louvre d'avoir privilégié « les opérations visibles et attractives » au détriment de la sécurité : sur un schéma directeur de sûreté estimé à 83 millions d'euros, seuls 3 millions avaient été engagés.

Laurence des Cars quitte la présidence du musée en février 2026 ; Christophe Leribault, venu du château de Versailles, est nommé le 25 février avec pour priorité la sûreté des bâtiments, des collections et des personnes. Selon la presse, le projet avait été « mis entre parenthèses » après le vol ; le concours a néanmoins été mené à son terme en mai 2026. La sécurité passe désormais en tête des investissements. Pour la Joconde, protégée par sa vitrine depuis les attaques du XXe siècle, le vol a rappelé que le musée reste vulnérable, plus d'un siècle après le vol de 1911.

Les critiques

  • Les priorités. La Cour des comptes ne conteste pas l'utilité du projet, mais juge que le musée doit d'abord rattraper son retard sur l'entretien et la sûreté, et que le financement de la nouvelle entrée n'est pas réaliste.
  • Le tarif différencié. Les syndicats du Louvre, dont la CGT, ont dénoncé une discrimination tarifaire.
  • Isoler la Joconde. Faire du tableau une attraction à part, avec son propre accès, risque d'accentuer le phénomène qu'on veut corriger : une visite réduite à une seule œuvre. C'est l'argument qu'opposait Laurence des Cars au billet séparé.
  • Le site. Toucher aux fossés et aux abords de la Colonnade, l'une des façades les plus célèbres de Paris, est déjà contesté par une partie des défenseurs du patrimoine ; la concertation annoncée devra y répondre.

L'enjeu dépasse la visite : il touche à la façon dont un tableau devenu icône mondiale, pour des raisons détaillées dans pourquoi la Joconde est célèbre, peut encore être regardé comme une peinture.

Questions fréquentes

La Joconde va-t-elle quitter le Louvre ?

Non. Le projet Louvre Nouvelle Renaissance prévoit de la déplacer à l'intérieur du musée, dans un espace dédié accessible depuis de nouvelles entrées souterraines à l'est du palais. Elle ne voyage plus à l'étranger depuis 1974, et le Louvre considère qu'elle est trop fragile pour sortir du musée. Jusqu'à l'ouverture du nouvel espace, elle reste dans la salle des États.

Quand ouvrira la nouvelle salle de la Joconde ?

L'objectif annoncé en janvier 2025 est 2031. En novembre 2026, aucun calendrier de travaux n'est officiellement publié : selon la presse spécialisée, le gros œuvre ne commencerait pas avant mai 2027, avec une livraison espérée avant 2032. La date d'ouverture reste donc incertaine.

Faudra-t-il payer un billet spécial pour voir la Joconde ?

Rien n'est décidé. Un « titre d'accès propre » a été évoqué par l'Élysée en janvier 2025, mais l'ancienne présidente du Louvre s'y était montrée défavorable et aucun tarif n'a été publié. Aujourd'hui, la Joconde se voit avec le billet d'entrée du musée : 22 € pour les résidents de l'EEE, 32 € pour les autres visiteurs.

Qui sont les architectes de la nouvelle entrée du Louvre ?

Le concours a été remporté, le 18 mai 2026, par une équipe menée par STUDIOS Architecture Paris, avec l'agence new-yorkaise Selldorf Architects pour la conception et la muséographie, et BASE Landscape Architecture pour le paysage. Elle l'a emporté face à quatre autres finalistes, dont SANAA, Diller Scofidio + Renfro, Sou Fujimoto et Amanda Levete.

Combien coûte le projet Louvre Nouvelle Renaissance ?

Annoncé à 700–800 millions d'euros en janvier 2025, il a été réévalué à 1,15 milliard par la Cour des comptes en novembre 2025. En mai 2026, le président du Louvre a parlé d'un coût d'au moins un milliard d'euros, « incompressible ». Il est financé surtout par le musée lui-même, le mécénat et la licence du Louvre Abu Dhabi.

Sources

  • Musée du Louvre, page du concours international d'architecture « Louvre Nouvelle Renaissance », et communiqué « Annonce du lauréat du concours international d'architecture pour la transformation du Louvre », mai 2026.
  • Public Sénat, « Joconde déplacée, billets spéciaux, nouvelle entrée : Emmanuel Macron lance un vaste projet de rénovation du musée du Louvre », 28 janvier 2025.
  • The Art Newspaper France, « Emmanuel Macron se place au chevet du Louvre », 28 janvier 2025 ; Time Out Paris, 3 février 2025.
  • Le Journal des Arts, « Cinq finalistes pour la Nouvelle Renaissance du Louvre », 17 octobre 2025.
  • Cour des comptes, rapport sur le musée du Louvre (2018-2024), 6 novembre 2025, et sa couverture par Public Sénat et The Art Newspaper.
  • Ministère de la Culture, communiqué de nomination de Christophe Leribault, 25 février 2026.
  • Entretien de Christophe Leribault au Monde, 6 mai 2026, repris par l'AFP ; Chroniques d'architecture, « Le Louvre : entre urgence sécuritaire et ambitions suspendues », 27 octobre 2026.

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