Pourquoi la Joconde est-elle en France ?
Parce que Léonard de Vinci l'a apportée lui-même en France en 1516 et que François Ier l'a acquise, très probablement en 1518. Elle appartient depuis à la Couronne, puis à l'État, qui ne peut légalement pas la céder.
- Arrivée en France
- 1516, avec Léonard
- Acquise par
- François Ier, vers 1518
- Paiement documenté
- 2 604 livres tournois à Salaì
- Propriétaire
- État français
- Statut
- inaliénable (Code du patrimoine)
La Joconde est en France parce que Léonard de Vinci l'y a apportée lui-même. Quand le peintre accepte, à l'automne 1516, l'invitation de François Ier et s'installe près d'Amboise, il emporte le portrait de Lisa Gherardini, qu'il n'a jamais livré à son commanditaire florentin. Le roi l'acquiert ensuite, très probablement en 1518, par l'intermédiaire de Salaì, l'élève et héritier de Léonard. Le tableau n'a donc été ni volé ni saisi comme butin de guerre : il appartient à la Couronne pendant près de trois siècles, puis à l'État depuis la Révolution. Il fait aujourd'hui partie des collections du Louvre, inaliénables en droit français.
Léonard de Vinci a apporté la Joconde en France
En 1516, Léonard a 64 ans. Son séjour à Rome, sous la protection de Julien de Médicis, frère du pape Léon X, s'achève sans grande commande, et son protecteur meurt en mars 1516. Le jeune François Ier, vainqueur à Marignan l'année précédente, lui offre une pension, le titre de premier peintre, ingénieur et architecte du roi, et une demeure : le manoir du Cloux, l'actuel Clos Lucé, à quelques centaines de mètres du château d'Amboise. Léonard franchit les Alpes avec ses élèves Francesco Melzi et Salaì, ses carnets et plusieurs tableaux.
Le témoignage le plus précis date du 10 octobre 1517. Ce jour-là, le cardinal Louis d'Aragon rend visite au peintre. Son secrétaire, Antonio de Beatis, note que Léonard leur montre trois tableaux : le portrait d'« une certaine dame florentine, faite d'après nature, à la demande du feu Magnifique Julien de Médicis », un saint Jean-Baptiste jeune et une Vierge à l'Enfant avec sainte Anne. Les trois œuvres sont aujourd'hui au Louvre. Les années françaises du peintre sont racontées dans Léonard de Vinci en France ; l'identité de la « dame florentine », dans qui est la Joconde.
Comment François Ier a-t-il acquis la Joconde ?
Aucun acte de vente au nom de la Joconde n'a été retrouvé. L'hypothèse aujourd'hui retenue par le Louvre repose sur une découverte de l'historien Bertrand Jestaz, publiée en 1999 : dans les comptes royaux conservés aux Archives nationales, un paiement de 2 604 livres tournois est versé en 1518 à Salaì « pour quelques tables de paintures » cédées au roi. La somme, considérable, correspond vraisemblablement aux tableaux de Léonard présents en France, dont la Joconde. Léonard, âgé et diminué, aurait ainsi organisé la vente de son vivant au profit de son élève, tandis que Melzi recevait ses manuscrits et ses dessins. Son testament, dicté le 23 avril 1519, ne mentionne d'ailleurs pas ces peintures.
Deux autres pièces compliquent le dossier :
- L'inventaire de Salaì. Après la mort de Salaì en 1524, l'inventaire de ses biens, dressé à Milan en 1525 et publié par Janice Shell et Grazioso Sironi en 1991, recense plusieurs tableaux de sujets léonardesques, dont un portrait identifié comme la Joconde, estimés à des prix élevés. S'agissait-il de copies d'atelier, ou d'originaux que le roi n'aurait acquis qu'après 1525 ? Le paiement de 1518 fait pencher la majorité des historiens vers la première hypothèse.
- Le prix de 4 000 écus. En 1642, le père Pierre Dan, dans son Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, affirme que François Ier a payé le tableau 4 000 écus. Écrit plus d'un siècle après les faits, sans source citée, ce chiffre souvent répété n'est pas vérifiable.
Un fait, en revanche, est certain dès 1550 : le tableau appartient au roi de France.
Léonard entreprit de faire pour Francesco del Giocondo le portrait de Monna Lisa, sa femme ; il y peina quatre ans et le laissa inachevé. Cette œuvre est aujourd'hui chez le roi François de France, à Fontainebleau.
Giorgio Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, 1550 (traduction)
Des collections royales au Louvre
La Joconde reste à Fontainebleau jusqu'au XVIIe siècle, puis Louis XIV la fait venir à Paris et à Versailles. À la Révolution, les collections de la Couronne deviennent propriété de la Nation ; le tableau entre dans les collections du musée du Louvre en 1797 et y est exposé à partir de 1798. Son parcours détaillé, de Florence à la salle des États, figure dans l'histoire de la Joconde. Au total, la Joconde a donc passé environ treize ans en Italie, entre sa mise en chantier vers 1503 et le départ de Léonard en 1516, et plus de cinq siècles en France.
Napoléon a-t-il volé la Joconde à l'Italie ?
Non, et c'est l'idée reçue la plus tenace. Elle naît d'une confusion avec les saisies bien réelles opérées pendant la campagne d'Italie : en 1796 et 1797, les armées du Directoire, commandées par Bonaparte, obtiennent par les armistices et le traité de Tolentino (février 1797) l'envoi à Paris de centaines de tableaux et de sculptures italiens. Après la chute de l'Empire, en 1815, les Alliés imposent la restitution d'une grande partie de ces œuvres ; le sculpteur Antonio Canova est dépêché par le pape pour récupérer celles des États pontificaux.
La Joconde n'a rien à voir avec ces saisies : elle était en France depuis plus de deux siècles et demi quand Bonaparte est né. Son seul lien avec lui est anecdotique : Premier consul, il la fait accrocher dans ses appartements des Tuileries, vers 1800, avant qu'elle ne retourne au musée, en 1804 selon la plupart des récits. C'est pourtant cette légende qui a armé Vincenzo Peruggia : en 1911, le voleur affirmait vouloir « rendre » à l'Italie un tableau pillé par Napoléon (voir le vol de la Joconde).
L'Italie peut-elle réclamer la Joconde ?
Juridiquement, non. L'acquisition de 1518 est une vente conclue par le roi avec l'héritier de l'artiste, conforme au droit de l'époque. Le tableau relève ensuite des biens de la Couronne — l'édit de Moulins, en 1566, pose le principe de l'inaliénabilité du domaine royal, ancêtre de la règle actuelle — puis entre dans les collections nationales à la Révolution. Aujourd'hui, l'article L451-5 du Code du patrimoine dispose que les biens des collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont « à ce titre, inaliénables ». Faire sortir une œuvre des collections exigerait une loi spécifique, comme celle qui a permis en 2020 la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal ; ces textes visent des objets pris dans un contexte colonial, une situation sans rapport avec la Joconde.
Aucun gouvernement italien n'a d'ailleurs engagé de procédure de restitution. Les revendications viennent surtout d'initiatives privées : pétitions, appels d'associations ou de chercheurs, comme Silvano Vinceti, qui ont réclamé un retour ou, plus modestement, un prêt à Florence, notamment pour le centenaire de sa redécouverte en 2013. Le Louvre a toujours répondu par la fragilité du panneau, qui ne voyage plus depuis 1974 (voir les voyages de la Joconde). Les tensions resurgissent parfois sur le terrain politique : en 2018 et 2019, la préparation de l'exposition Léonard de Vinci du Louvre a donné lieu à une querelle sur les prêts italiens, apaisée par un accord entre les ministres de la Culture des deux pays en septembre 2019.
Questions fréquentes
La Joconde a-t-elle été volée à l'Italie ?
Non. Léonard de Vinci l'a emportée lui-même en France en 1516, quand il s'est installé près d'Amboise au service de François Ier. Le roi l'a ensuite acquise, très probablement en 1518. Le seul vol de son histoire est celui de 1911, commis au Louvre par l'Italien Vincenzo Peruggia, qui l'a emportée en Italie avant d'être arrêté.
Combien François Ier a-t-il payé la Joconde ?
On ne connaît pas le prix de la Joconde seule. Les comptes royaux de 1518 mentionnent un paiement de 2 604 livres tournois à Salaì pour plusieurs tableaux cédés au roi, dont elle faisait vraisemblablement partie. Le chiffre de 4 000 écus, avancé en 1642 par Pierre Dan, est tardif et invérifiable.
L'Italie pourrait-elle récupérer la Joconde ?
Non, en l'état du droit. La Joconde appartient à l'État français et fait partie des collections des musées de France, inaliénables selon l'article L451-5 du Code du patrimoine. Seule une loi spéciale pourrait l'en faire sortir. Aucun gouvernement italien n'a d'ailleurs engagé de demande officielle de restitution.
Pourquoi la Joconde n'est-elle pas exposée à Florence, ville de son modèle ?
Parce que Léonard ne l'a jamais livrée à Francesco del Giocondo. Il l'a gardée, emportée à Milan, à Rome puis en France, où elle est entrée dans les collections royales. Des campagnes italiennes ont demandé un prêt à Florence, mais le Louvre refuse tout déplacement depuis 1974 en raison de la fragilité du panneau.
La Joconde a-t-elle déjà été exposée en Italie ?
Oui, une seule fois depuis 1516 : en décembre 1913, après sa redécouverte à Florence. Elle a été montrée quelques jours à la galerie des Offices, puis à Rome, au palais Farnèse et à la galerie Borghèse, enfin à la Pinacothèque de Brera, à Milan, avant de regagner le Louvre le 4 janvier 1914.
Sources
- Musée du Louvre, notice de l'œuvre INV 779, collections.louvre.fr (acquisition par François Ier, découverte de Bertrand Jestaz).
- Bertrand Jestaz, « François Ier, Salaì et les tableaux de Léonard », Revue de l'Art, 1999.
- Janice Shell et Grazioso Sironi, « Salaì and Leonardo's Legacy », The Burlington Magazine, 1991.
- Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, Florence, 1550.
- Antonio de Beatis, journal du voyage du cardinal Louis d'Aragon (1517-1518).
- Pierre Dan, Le Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, 1642.
- Code du patrimoine, article L451-5 ; loi n° 2020-1673 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal (Légifrance).
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