III — Léonard

Léonard de Vinci en France, les dernières années à Amboise

Arrivé à l'automne 1516 à l'invitation de François Ier, Léonard de Vinci a vécu ses trois dernières années au manoir de Cloux, l'actuel Clos Lucé, à Amboise. Il y meurt le 2 mai 1519 ; sa tombe présumée est au château royal.

Mis à jour le · 9 min de lecture

Le manoir de Cloux, à quelques centaines de mètres du château d'Amboise : la dernière maison de Léonard. Illustration IA
Arrivée
Automne 1516 (à Cloux dès octobre)
Résidence
Manoir de Cloux, l'actuel Clos Lucé
Pension
1 000 écus soleil par an (1517-1518)
Mort
2 mai 1519, à 67 ans
Tombe
Chapelle Saint-Hubert, château royal d'Amboise

Léonard de Vinci a passé les trois dernières années de sa vie à Amboise, dans la vallée de la Loire. Invité par François Ier, il s'installe en octobre 1516 au manoir de Cloux, aujourd'hui le château du Clos Lucé, avec une pension royale de 1 000 écus soleil par an. Il y conçoit des fêtes et un palais pour Romorantin, y reçoit des visiteurs et y meurt le 2 mai 1519. Inhumé à la collégiale Saint-Florentin du château d'Amboise, détruite au début du XIXe siècle, il repose depuis 1874, selon la tradition, dans la chapelle Saint-Hubert du château royal.

Pourquoi Léonard de Vinci est-il venu en France ?

En 1516, Léonard a 64 ans et vient de perdre son protecteur romain, Julien de Médicis, mort le 17 mars. À Rome, le pape Léon X lui confie peu de commandes. Le jeune François Ier, monté sur le trône en 1515 et vainqueur à Marignan en septembre de la même année, collectionne l'art italien et cherche à attirer ses maîtres. Léonard connaît déjà les Français : de 1506 à 1513, il a travaillé à Milan pour Louis XII, qui lui versait une pension. Une rencontre avec François Ier à Bologne, en décembre 1515, lors de l'entrevue du roi avec le pape, est souvent évoquée ; elle reste une hypothèse.

Léonard franchit les Alpes à l'automne 1516, accompagné de son élève Francesco Melzi, et emporte ses carnets et plusieurs tableaux, dont la Joconde, qu'il retouche depuis 1503 (voir qui a peint la Joconde et quand). Il est installé à Cloux dès octobre 1516.

Le Clos Lucé, la maison de Cloux

Le manoir de brique et de tuffeau, situé à environ 400 mètres du château royal, a été acheté le 2 juillet 1490 par Charles VIII, qui y fit aménager un oratoire pour Anne de Bretagne. Louise de Savoie, mère de François Ier, en devient propriétaire en 1515. Le roi y loge Léonard, qui y dispose d'ateliers, de domestiques et d'un jardin. La tradition d'un souterrain par lequel François Ier aurait rejoint son hôte relève de la légende locale.

Le meilleur témoignage sur sa vie à Cloux est celui d'Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal Luigi d'Aragona, venu le voir le 10 octobre 1517. Il le décrit comme un vieillard de plus de soixante-dix ans (il en a 65), qui leur montre trois tableaux, la future Joconde, la Sainte Anne et un saint Jean-Baptiste (voir ses œuvres), ainsi que ses études d'anatomie : Léonard affirme avoir disséqué plus de trente corps d'hommes et de femmes. Beatis ajoute qu'une paralysie de la main droite l'empêche de peindre avec la douceur d'autrefois, mais qu'il dessine encore et enseigne. Léonard étant gaucher, la nature de ce handicap reste discutée ; en 2019, deux chercheurs italiens, Davide Lazzeri et Carlo Rossi, ont proposé une atteinte du nerf ulnaire plutôt qu'un accident vasculaire.

Une pension royale et des projets pour François Ier

Les comptes royaux, conservés aux Archives nationales, enregistrent pour 1517 et 1518 un versement « à maistre Lyennard da Vince, paintre ytalien, la somme de deux mil escus soleil » pour sa pension de deux années, soit 1 000 écus soleil, environ 2 000 livres tournois, par an. Melzi reçoit 800 livres tournois pour la même période. À titre de comparaison, Andrea del Sarto touchait alors 225 livres par an au service du roi, et Jean Clouet, portraitiste de la cour, 180 livres. Aucun document n'indique que le roi attendait de lui des tableaux : il rémunère sa présence, ses conseils et ses projets.

Romorantin, la ville idéale

Pour Louise de Savoie et son fils, Léonard dessine entre 1517 et 1519 un vaste palais royal à Romorantin, en Sologne, avec écuries, jardins et un réseau de canaux alimentés par la Sauldre pour assainir et desservir la ville. Les plans sont conservés dans le Codex Atlanticus, l'un des carnets de l'ingénieur. Le chantier, amorcé, est abandonné après sa mort.

Les fêtes de la cour

Au printemps 1518, la cour célèbre à Amboise le baptême du dauphin François et le mariage de Laurent de Médicis avec Madeleine de La Tour d'Auvergne. Le 19 juin 1518, Léonard offre au roi, à Cloux, une reprise de la « fête du Paradis » qu'il avait montée à Milan en 1490 : un ciel étoilé reconstitué et quatre cents candélabres. Vasari lui attribue aussi un lion mécanique qui, après quelques pas, ouvrait sa poitrine pleine de lys devant le roi ; la date et le lieu de sa présentation sont discutés.

Chambord : une hypothèse, pas un fait

Le chantier de Chambord commence en 1519, quelques mois après la mort de Léonard. Son célèbre escalier à double révolution, où deux rampes s'enroulent sans se croiser, rappelle des études d'escaliers à rampes multiples présentes dans ses carnets, et certains historiens supposent qu'il a influencé le projet. Aucun document ne le prouve : l'attribution reste une hypothèse. Chambord a d'ailleurs abrité la Joconde au début de la Seconde Guerre mondiale.

Le testament et la mort de Léonard, 2 mai 1519

Le 23 avril 1519, Léonard dicte son testament devant un notaire d'Amboise. Il lègue à Francesco Melzi ses livres, ses instruments et ses dessins, autrement dit les carnets, partage une vigne qu'il possède à Milan entre Salaì et son serviteur Battista de Vilanis, laisse à sa servante Mathurine un manteau de drap noir doublé de fourrure, et demande que soixante pauvres portent soixante torches à ses funérailles. Il meurt à Cloux le 2 mai 1519, à 67 ans. Les tableaux restés en France entrent dans les collections royales ; un paiement de 2 604 livres tournois à Salaì pour « quelques tables de paintures » cédées au roi est inscrit dans les comptes de 1518, comme l'explique la page pourquoi la Joconde est en France.

Mort dans les bras de François Ier : légende et faits

Dans ses Vies (1550, puis 1568), Giorgio Vasari raconte que le roi, venu rendre visite au malade, le soutint dans ses bras au moment de sa mort. La scène fait la fortune des peintres : François-Guillaume Ménageot l'expose au Salon de 1781, Jean-Auguste-Dominique Ingres la peint en 1818 dans François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, aujourd'hui au Petit Palais, à Paris.

Les faits plaident contre la légende. Au printemps 1519, la cour séjourne à Saint-Germain-en-Laye, où la reine Claude a mis au monde le futur Henri II le 31 mars, et des actes royaux y sont datés début mai. Certains historiens objectent que ces actes pouvaient être expédiés en l'absence du roi, mais aucune source contemporaine de la mort, à commencer par l'entourage de Léonard, ne mentionne sa présence. La version de Vasari, écrite trente ans après et loin d'Amboise, est généralement tenue pour une belle invention.

Ingres, François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, 1818 (Petit Palais, Paris) : une légende devenue image. Domaine public

Où est la tombe de Léonard de Vinci ?

Selon ses volontés, Léonard est inhumé dans le cloître de la collégiale Saint-Florentin, dans l'enceinte du château d'Amboise ; le registre de la collégiale mentionne l'inhumation à la date du 12 août 1519, plus de trois mois après la mort. L'église, ruinée sous la Révolution, est démolie au début du XIXe siècle et la sépulture se perd.

En 1863, l'écrivain Arsène Houssaye fouille le site et exhume un squelette qu'il attribue à Léonard. Ces ossements sont réinhumés en 1874 dans la chapelle Saint-Hubert, joyau gothique flamboyant de la fin du XVe siècle accroché aux remparts du château. Leur identification n'a jamais été prouvée scientifiquement ; des chercheurs ont retrouvé des descendants vivants de la lignée paternelle des da Vinci, dont l'ADN pourrait un jour permettre une comparaison. Après deux ans et demi de restauration, pour environ 3,5 millions d'euros, la chapelle a rouvert au public le 15 juin 2024.

La chapelle Saint-Hubert, sur les remparts du château d'Amboise, abrite la tombe présumée de Léonard. Illustration IA

Visiter Amboise sur les pas de Léonard (infos vérifiées en novembre 2026)

Les deux sites se visitent à pied dans la même journée : le Clos Lucé est à environ 400 mètres du château royal. Le Clos Lucé conseille de prévoir de 1 h 30 à 3 heures pour le manoir, le parc et les galeries.

SiteCe qu'on y voitTarifs 2026Horaires
Château du Clos Lucé - Parc Leonardo da VinciLa chambre où Léonard est mort, ses ateliers reconstitués, plus de quarante maquettes de machines, un parc avec des machines à grande échelleAdulte 20 € ; 7-18 ans et étudiants 15 € ; famille (2 adultes, 2 enfants) 60 € ; gratuit avant 7 ansNovembre-décembre 9 h-18 h ; janvier 10 h-18 h ; février-juin et septembre-octobre 9 h-19 h ; juillet-août 9 h-20 h ; billetterie fermée 1 h avant
Château royal d'AmboiseLa chapelle Saint-Hubert et la tombe de Léonard, les logis royaux, les jardins sur la LoireAdulte 17,30 € ; étudiant 14,40 € ; 7-18 ans 11 € ; gratuit avant 7 ans (HistoPad compris)En novembre et jusqu'à la mi-décembre, billetterie 9 h-12 h 30 et 14 h-17 h ; horaires élargis aux vacances de fin d'année ; le domaine ferme 45 min après la billetterie

Les deux sites sont fermés le 25 décembre et le 1er janvier. Des billets couplés château royal et Clos Lucé sont vendus en ligne. Amboise se rejoint en train depuis Paris-Austerlitz, ou en TGV depuis Paris-Montparnasse jusqu'à Saint-Pierre-des-Corps puis en TER ; en voiture, par l'A10, sortie 18.

Questions fréquentes

Où est mort Léonard de Vinci ?

Léonard de Vinci est mort le 2 mai 1519 au manoir de Cloux, aujourd'hui appelé château du Clos Lucé, à Amboise, en Indre-et-Loire. Il y vivait depuis octobre 1516 à l'invitation de François Ier. La chambre où il est mort se visite, reconstituée, dans le manoir.

Où est enterré Léonard de Vinci ?

Sa tombe se trouve dans la chapelle Saint-Hubert du château royal d'Amboise. Il avait d'abord été inhumé dans la collégiale Saint-Florentin, toute proche, démolie au début du XIXe siècle. Les ossements exhumés en 1863 par Arsène Houssaye et placés dans la chapelle en 1874 lui sont attribués par tradition, sans preuve scientifique.

Léonard de Vinci est-il vraiment mort dans les bras de François Ier ?

C'est très peu probable. Le récit vient de Vasari, qui écrit en Italie trente ans plus tard. Au printemps 1519, la cour se trouvait à Saint-Germain-en-Laye, où la reine venait d'accoucher du futur Henri II, et aucune source contemporaine ne signale la présence du roi à Amboise. La scène a été popularisée par Ménageot (1781) et Ingres (1818).

Combien de temps Léonard de Vinci a-t-il vécu en France ?

Environ deux ans et demi : installé à Cloux en octobre 1516, il y meurt le 2 mai 1519. Pendant cette période, il touche une pension de 1 000 écus soleil par an, travaille au projet de palais de Romorantin, organise des fêtes pour la cour et poursuit la mise en ordre de ses carnets.

Peut-on visiter le Clos Lucé et le château d'Amboise le même jour ?

Oui. Les deux sites sont distants d'environ 400 mètres et se rejoignent à pied. Comptez de 1 h 30 à 3 heures pour le Clos Lucé et une à deux heures pour le château royal, où se trouve la tombe. Des billets couplés sont proposés en ligne ; vérifiez les horaires d'hiver, plus courts au château.

Sources

  • Laure Fagnart, « Luigi d'Aragona's visit to Leonardo da Vinci (10 October 1517) », 2020, citant les comptes royaux (Archives nationales, KK 289, f. 352v) et le récit d'Antonio de Beatis.
  • Bertrand Jestaz, « François Ier, Salaì et les tableaux de Léonard », Revue de l'Art, n° 126, 1999.
  • Giorgio Vasari, Le Vite, Florence, 1550 et 1568, « Vie de Léonard de Vinci ».
  • Château royal d'Amboise - Fondation Saint-Louis, communiqué de presse sur la réouverture de la chapelle Saint-Hubert, février 2024, et horaires officiels.
  • Château du Clos Lucé, accès et horaires et tarifs, consultés en novembre 2026.
  • Pascal Brioist, travaux du Centre d'études supérieures de la Renaissance (Tours) sur le projet de Romorantin.
  • Davide Lazzeri, Carlo Rossi, étude sur la main droite de Léonard, Journal of the Royal Society of Medicine, 2019.
  • Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, notice de François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci (Ingres, 1818).

À lire aussi