I — L'œuvre

Le tableau de la Joconde, fiche d'identité complète

Un panneau de peuplier de 79,4 × 53,4 cm, peint à l'huile par Léonard de Vinci à partir de 1503 et repris pendant des années : voici ce qu'est matériellement la Joconde, comment elle a vieilli et comment le Louvre la protège.

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Réinterprétation de la Joconde présentée comme un objet : le panneau de bois vu de biais, avec sa tranche et le fil du bois
La Joconde n'est pas une toile : elle est peinte sur une seule planche de peuplier d'environ 13 mm d'épaisseur. Illustration IA
Artiste
Léonard de Vinci
Date
1503-1519
Technique
Huile sur bois de peuplier
Dimensions
79,4 × 53,4 cm
Inventaire
INV. 779
Lieu
Louvre, salle des États

Le tableau de la Joconde est un portrait peint à l'huile sur un panneau de bois de peuplier de 79,4 cm de haut sur 53,4 cm de large, selon la base des collections du musée du Louvre, où il porte le numéro d'inventaire INV. 779. Léonard de Vinci l'a commencé à Florence vers 1503 et l'a gardé avec lui jusqu'à la fin de sa vie, en le retouchant ; le Louvre le date donc de « 1503-1519 ». Le modèle est Lisa Gherardini, épouse du marchand florentin Francesco del Giocondo : d'où les noms de « Joconde » (la Gioconda, « la femme de Giocondo ») et de « Monna Lisa », abrégé de Madonna Lisa, « Madame Lisa ».

La fiche d'identité du tableau

Titre au Louvre
Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dit La Joconde ou Monna Lisa
Artiste
Léonard de Vinci (Vinci, 1452 – Amboise, 1519)
Date
1503-1519 : commencé vers 1503, repris jusqu'aux dernières années du peintre
Technique
Peinture à l'huile, en couches très fines (glacis)
Support
Une planche de peuplier d'environ 13 mm d'épaisseur
Dimensions
79,4 × 53,4 cm ; 101 × 77 cm avec le cadre
Inventaire
INV. 779 (ancien numéro MR 316)
Provenance
Gardé par Léonard, très probablement acquis par François Ier en 1518 ; collections royales, puis nationales
Lieu
Musée du Louvre, aile Denon, niveau 1, salle des États (salle 711)
Signature
Aucune : le tableau n'est ni signé ni daté

L'attribution à Léonard n'a jamais été sérieusement contestée : la Joconde est le seul de ses portraits dans ce cas. Ce sont des documents (un témoignage de 1503, la biographie de Vasari en 1550) et non une signature qui l'établissent. La question de l'identité du modèle, longtemps débattue, est traitée en détail dans qui est la Joconde.

Quelles sont les dimensions de la Joconde ?

La Joconde mesure 79,4 cm de haut et 53,4 cm de large. Beaucoup d'ouvrages et de sites donnent encore « 77 × 53 cm », chiffre arrondi repris depuis des décennies ; la base de données du Louvre, mise à jour en 2025, retient 79,4 × 53,4 cm pour le panneau. Avec son cadre, l'ensemble atteint environ 101 × 77 cm. Pour se représenter le format, le panneau est un peu plus petit qu'une feuille A1 (59,4 × 84,1 cm).

MesureValeurRemarque
Hauteur × largeur du panneau79,4 × 53,4 cmBase des collections du Louvre
Avec le cadre101 × 77 cmDimensions « avec accessoire » du Louvre
Épaisseur du panneauEnviron 13 mmÉtudes sur le support en bois
Fente dans le boisEnviron 11 cmDu bord supérieur jusqu'au front
Mesure souvent citée77 × 53 cmValeur arrondie, encore très répandue

Pourquoi la Joconde paraît-elle si petite ?

Elle ne l'est pas pour son époque. C'est le format normal d'un portrait privé commandé par un marchand pour sa maison, fait pour être vu de près, à hauteur d'yeux, dans une pièce d'habitation. Les autres portraits de Léonard sont du même ordre, voire plus petits : La Dame à l'hermine (Cracovie) mesure environ 54 × 39 cm, La Belle Ferronnière (Louvre) environ 63 × 45 cm.

L'impression de petitesse vient du lieu. La salle des États est l'une des plus vastes du Louvre ; sur le mur d'en face, Les Noces de Cana de Véronèse dépassent 6 mètres de haut pour près de 10 mètres de long, le plus grand tableau du musée. Les visiteurs sont tenus à plusieurs mètres par une barrière, derrière une foule, et découvrent l'original après l'avoir vu cent fois agrandi en affiche. La page salle de la Joconde décrit cette mise en scène.

Petit portrait inspiré de la Joconde accroché seul sur un immense mur, face à une foule tenue à distance
Un portrait domestique dans une salle immense : l'écart d'échelle explique la surprise de nombreux visiteurs. Illustration IA

Comment Léonard a-t-il peint la Joconde ?

Le support est une planche unique de peuplier, essence courante pour les panneaux peints en Italie centrale. Léonard la couvre d'une préparation, puis peint à l'huile. En 2023, l'analyse au synchrotron d'un micro-fragment de cette première couche (Victor Gonzalez et al., Journal of the American Chemical Society) y a révélé une huile chargée d'oxyde de plomb, avec un composé rare, la plombonacrite : une recette qui épaissit l'huile et accélère son séchage, que l'on retrouve aussi dans des fragments de La Cène.

Le modelé du visage repose ensuite sur des glacis, des couches de peinture diluée et translucide. En 2010, une étude par fluorescence X menée sans prélèvement par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) a mesuré des couches de 1 à 2 micromètres chacune, et une épaisseur totale qui ne dépasse pas 30 à 40 micromètres dans les ombres les plus profondes. C'est la base matérielle du sfumato, ces passages d'ombre à lumière sans contour qui donnent au visage son relief vivant.

Quand la Joconde a-t-elle été peinte ?

Le point de départ est solide : en octobre 1503, Agostino Vespucci, un fonctionnaire de la chancellerie florentine, note dans la marge d'un volume de Cicéron que Léonard travaille à la tête de Lisa del Giocondo. Cette annotation, retrouvée en 2005 à la bibliothèque de l'université de Heidelberg, a confirmé la date et l'identité du modèle données par Vasari. Le point d'arrivée est plus flou. Vasari écrit en 1550 que le peintre y travailla quatre ans et le laissa inachevé ; mais Léonard ne l'a jamais livré au mari : il l'a vraisemblablement gardé avec lui à Milan, à Rome, puis en France à partir de 1516. La plupart des historiens admettent qu'il l'a repris sur la durée, peut-être surtout dans le paysage, d'où la fourchette 1503-1519 retenue par le Louvre. Le détail des étapes est raconté dans l'histoire de la Joconde.

  1. Agostino Vespucci mentionne le portrait en cours de Lisa del Giocondo.
  2. En visite chez Léonard près d'Amboise, Antonio de Beatis, secrétaire d'un cardinal, voit le portrait d'une dame florentine.
  3. Acquisition très probable par François Ier.
  4. Le tableau entre dans les collections du musée du Louvre.
  5. Pose d'un châssis-cadre en chêne pour contenir la déformation du bois.
  6. Une pierre lancée par un visiteur brise la vitre et arrache un éclat de peinture près du coude gauche.
  7. Grande campagne d'étude scientifique du C2RMF ; remplacement des traverses du châssis.
  8. Installation dans la salle des États, dans une vitrine climatisée conçue pour elle.
  9. Retour dans la salle rénovée, derrière un verre plus transparent.

Dans quel état est la Joconde aujourd'hui ?

Le Louvre juge son état général bon, tout en qualifiant l'œuvre d'« intrinsèquement très fragile ». Trois problèmes se cumulent.

Un panneau bombé et fendu

Le peuplier réagit à l'humidité : en gonflant et en se rétractant au fil des siècles, le panneau s'est légèrement bombé et une fente d'environ 11 cm s'est ouverte depuis le bord supérieur jusqu'au niveau du front du modèle. Elle a été stabilisée au revers, sans doute entre le milieu du XVIIIe et le début du XIXe siècle, par deux « papillons » de noyer, des clés de bois en queue d'aronde encastrées dans l'épaisseur, et par des pièces de toile collées ; le papillon supérieur s'est détaché entre 1888 et 1905, ou peut-être lors du vol de 1911. Depuis 1951, le panneau est maintenu dans un châssis-cadre de chêne muni de traverses : en hêtre à l'origine, remplacées par de l'érable en 1970 après une attaque d'insectes, puis par du sycomore en 2004-2005, avec une traverse métallique qui permet de mesurer la courbure du bois.

Des vernis jaunis

Plusieurs couches de vernis anciens, épaisses et oxydées, recouvrent la peinture. Selon le Louvre, elles altèrent les couleurs, verdissent le ciel (à l'origine bleu) et assombrissent la partie basse du tableau. Le musée n'a pas engagé d'allègement de ces vernis : sur une couche picturale faite de glacis de quelques micromètres, toute intervention serait à haut risque. Les teintes chaudes et jaunâtres que l'on associe à la Joconde sont donc en partie un effet du temps.

Des dégâts anciens, limités

En 1956, le tableau a subi deux agressions : un jet d'acide, puis, le 30 décembre, une pierre qui a arraché un petit éclat de peinture près du coude gauche, retouché ensuite. Les attaques plus récentes, gâteau en 2022 et soupe en 2024, n'ont touché que la vitre. Elles sont racontées dans la Joconde vandalisée.

Une vitrine climatisée et blindée

Depuis le 6 avril 2005, la Joconde est accrochée seule, au centre de la salle des États, dans une vitrine hermétique en verre de sécurité. L'hygrométrie y est stabilisée autour de 50 % d'humidité relative et la température maintenue aux alentours de 21 °C, selon Vaisala, qui fournit les capteurs de la vitrine, pour empêcher le bois de jouer. Un éclairage à LED conçu pour le tableau a été installé en 2013. Lors de la réouverture de la salle rénovée, le 7 octobre 2019, la vitre a été remplacée par un verre plus transparent, qui supprime le léger voile verdâtre de l'ancienne. En janvier 2025, le président de la République a annoncé la création d'un espace dédié au tableau : le projet est suivi sur la page nouvelle salle de la Joconde.

La Joconde a-t-elle été coupée sur les côtés ?

Non. La question vient d'un détail : aux deux bords du tableau, de part et d'autre du modèle, on distingue la base de deux colonnes à peine visibles. Or un dessin à la plume de Raphaël, réalisé à Florence vers 1505 et conservé au Louvre (département des Arts graphiques), montre une jeune femme dans la même pose, encadrée de colonnes entières ; plusieurs copies anciennes font de même. On en a longtemps déduit que le panneau avait été rogné.

L'examen matériel dit le contraire. Dès 1993, l'historien de l'art Frank Zöllner observait que la couche picturale n'avait jamais été coupée, et l'étude de 2004 l'a confirmé : les bords du panneau sont restés nus, et une « barbe », petit bourrelet de préparation formé contre le cadre dans lequel le panneau était inséré pendant le travail, court tout autour. Les colonnes complètes de Raphaël et des copies s'expliqueraient par un autre modèle : un carton, un premier état ou une autre version, selon les hypothèses de Vincent Delieuvin (Louvre) ou de Frank Zöllner. Ces œuvres sont présentées dans les autres versions de la Joconde.

Variation de la Joconde assise dans une loggia, encadrée de deux colonnes entières, dessinée à la plume
Raphaël a dessiné le modèle encadré de colonnes entières ; sur le panneau du Louvre, seules leurs bases affleurent aux bords. Illustration IA

Explorer le tableau en détail

Cette fiche couvre l'objet matériel. Chaque aspect de l'œuvre a sa page dédiée :

  • Composition et description. Pose de trois quarts, construction pyramidale, mains, loggia, lumière : l'analyse de la Joconde lit le tableau plan par plan et propose une méthode de commentaire.
  • Technique. Ce que Léonard a écrit sur les ombres « à la manière de la fumée » et ce que la science a mesuré : voir le sfumato.
  • Le sourire. Récit de Vasari, vision périphérique, logiciels de reconnaissance des émotions : le sourire de la Joconde.
  • L'arrière-plan. Routes, lac, pont et montagnes bleutées, réels ou imaginaires : le paysage de la Joconde.
  • Les énigmes. Sourcils absents, regard qui semble suivre le visiteur, prétendus codes cachés : secrets et mystères, avec la part du vrai et du faux.
  • Le modèle et les copies. La vie de Lisa Gherardini dans qui est la Joconde ; la Joconde du Prado, celle d'Isleworth et les « Joconde nues » dans les autres versions.
  • Valeur et célébrité. Pourquoi le tableau n'a pas de prix, au sens propre, dans la Joconde : prix et valeur ; comment un portrait parmi d'autres est devenu une icône dans pourquoi la Joconde est célèbre.
  • Pour les plus jeunes. La Joconde expliquée aux enfants, avec quiz et activités.

Acheter un tableau de la Joconde : reproductions et copies

L'original est inaliénable : comme toutes les œuvres des collections publiques des musées de France, il appartient au domaine public de l'État et ne peut être vendu. L'image, elle, est libre de droits, Léonard étant mort depuis plus de cinq siècles : on trouve donc des « tableaux de la Joconde » sous toutes les formes, de l'affiche à la copie peinte à la main. Pour une reproduction fidèle, trois repères : un format proche de 79 × 53 cm si l'on veut l'échelle réelle, une impression pigmentaire à partir d'un fichier haute définition, et des couleurs conformes à l'original, chaudes et vernies (une Joconde au ciel bleu vif est une image retouchée). Les options, les prix et les pièges sont détaillés dans reproduction de la Joconde ; pour une version à construire soi-même, voir la Joconde en LEGO.

Questions fréquentes

Quelle est la taille réelle de la Joconde ?

Le panneau mesure 79,4 cm de haut sur 53,4 cm de large selon le musée du Louvre, soit un peu moins qu'une feuille A1. On lit souvent 77 × 53 cm, valeur arrondie ancienne. Avec son cadre Renaissance, l'ensemble atteint environ 101 × 77 cm. C'est un format courant pour un portrait privé du début du XVIe siècle.

La Joconde est-elle peinte sur toile ?

Non. Elle est peinte à l'huile sur une planche de bois de peuplier d'environ 13 mm d'épaisseur. Ce support explique sa fragilité : le bois a bougé avec l'humidité, s'est bombé et s'est fendu sur une dizaine de centimètres. C'est pourquoi le tableau est conservé dans une vitrine où l'humidité et la température restent stables.

Combien de temps Léonard a-t-il mis pour peindre la Joconde ?

Il l'a commencée vers 1503 à Florence. Vasari parle de quatre années de travail et d'un tableau resté inachevé, mais Léonard l'a gardé et retouché pendant des années, peut-être jusqu'à son séjour en France (1516-1519). Le Louvre le date donc de 1503-1519, sans qu'on puisse dire précisément quand le dernier coup de pinceau a été donné.

Pourquoi la Joconde est-elle derrière une vitre ?

Pour deux raisons. La vitrine, hermétique, maintient une humidité et une température constantes, indispensables pour un panneau de bois fendu. Le verre de sécurité la protège aussi des agressions : une pierre l'a endommagée en 1956, et les jets de gâteau (2022) ou de soupe (2024) n'ont touché que la vitre.

La Joconde est-elle signée ?

Non, ni signée ni datée, comme la plupart des tableaux de Léonard. Son attribution repose sur des sources écrites : la note d'Agostino Vespucci en 1503, le témoignage d'Antonio de Beatis en 1517, la biographie de Vasari en 1550, ainsi que sur l'analyse de la technique. Elle n'a jamais été sérieusement contestée.

Sources

  • Musée du Louvre, notice « Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dit La Joconde ou Monna Lisa », INV. 779, collections.louvre.fr (dimensions, provenance, état de conservation).
  • Jean-Pierre Mohen, Michel Menu, Bruno Mottin (dir.), Au cœur de la Joconde. Léonard de Vinci décodé, Gallimard / Musée du Louvre éditions, 2006.
  • Cécile Scailliérez, Léonard de Vinci. La Joconde, Louvre éditions, 2003, rééd. 2019.
  • Vincent Delieuvin, Louis Frank (dir.), Léonard de Vinci, catalogue d'exposition, musée du Louvre, 2019.
  • Frank Zöllner, Leonardo da Vinci, Mona Lisa. Das Porträt der Lisa del Giocondo, Fischer, 1994.
  • Laurence de Viguerie, Philippe Walter et al., « Revealing the sfumato Technique of Leonardo da Vinci by X-Ray Fluorescence Spectroscopy », Angewandte Chemie International Edition, vol. 49, 2010.
  • Victor Gonzalez et al., « X-ray and Infrared Microanalyses of Mona Lisa's Ground Layer and Significance Regarding Leonardo da Vinci's Palette », Journal of the American Chemical Society, 2023.
  • « Experimental studies on the wooden support of the Mona Lisa », recherches sur le panneau de peuplier (épaisseur, courbure, fente).
  • Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori ed architettori, Florence, 1550, vie de Léonard.
  • Vaisala, étude de cas « Mona Lisa preserved by Vaisala » (climat de la vitrine) ; Toshiba, communiqués sur l'éclairage LED de la Joconde, 2012-2013.

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