III — Léonard

Léonard de Vinci, biographie d'un peintre ingénieur

Né à Vinci en 1452, mort à Amboise en 1519, Léonard de Vinci fut peintre, ingénieur et anatomiste. Il a laissé une vingtaine de tableaux au plus, dont la Joconde, et des milliers de pages de carnets.

Mis à jour le · 9 min de lecture

Léonard vers la fin de sa vie : un peintre qui dessinait davantage qu'il ne peignait. Illustration IA
Naissance
15 avril 1452, Vinci (Toscane)
Mort
2 mai 1519, Amboise
Formation
Atelier de Verrocchio, Florence
Protecteurs
Ludovic Sforza, Louis XII, Julien de Médicis, François Ier
Œuvre peinte
Une vingtaine de tableaux au plus

Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci, 1452-1519) est le peintre de la Joconde, qu'il commence à Florence vers 1503 et garde jusqu'à sa mort. Sa biographie se partage entre cinq villes : Vinci, où il naît ; Florence, où il se forme ; Milan, où il passe près de vingt-cinq ans en deux séjours ; Rome ; et Amboise, où il meurt au service de François Ier. Peintre d'une œuvre peu abondante, il fut aussi ingénieur militaire et hydraulique, architecte, organisateur de fêtes, anatomiste, et l'auteur de carnets parmi les plus étudiés de l'histoire des sciences.

Léonard de Vinci en dates

  1. Naissance à Vinci, en Toscane, fils illégitime du notaire ser Piero da Vinci et d'une jeune femme nommée Caterina.
  2. Inscrit à la compagnie de Saint-Luc, la confrérie des peintres de Florence, alors qu'il travaille dans l'atelier d'Andrea del Verrocchio.
  3. Premier dessin daté de sa main, un paysage de la vallée de l'Arno (Offices, Florence).
  4. Départ pour Milan, à la cour de Ludovic Sforza, dit le More.
  5. Peinture de La Cène au réfectoire de Santa Maria delle Grazie.
  6. Les troupes de Louis XII prennent Milan ; Léonard quitte la ville en décembre.
  7. Architecte et ingénieur militaire de César Borgia en Romagne.
  8. À Florence, début de la Joconde et commande de la Bataille d'Anghiari.
  9. Retour à Milan, gouvernée par les Français ; Louis XII le nomme son peintre en 1507.
  10. Installation à Rome, au Belvédère du Vatican, sous la protection de Julien de Médicis.
  11. Arrivée au manoir de Cloux (le Clos Lucé), à Amboise, à l'invitation de François Ier.
  12. Mort à Cloux, à 67 ans.

De Vinci à l'atelier de Verrocchio (1452-1482)

Léonard naît le 15 avril 1452 : son grand-père Antonio note l'événement dans un registre familial. Sa mère, Caterina, est une femme de condition modeste. En 2023, l'historien Carlo Vecce a publié un acte d'affranchissement de 1452 qui ferait d'elle une esclave d'origine circassienne libérée à Florence ; la thèse est solide sur le plan documentaire mais l'identification reste discutée. L'enfant est élevé dans la maison paternelle, apprend à lire, à écrire et à compter, mais ne reçoit pas l'éducation latine des lettrés. Il se décrira lui-même comme un « omo sanza lettere », un homme sans lettres, dans le Codex Atlanticus.

Au milieu des années 1460, il entre comme apprenti chez Andrea del Verrocchio, l'un des ateliers les plus polyvalents de Florence : peinture, sculpture, orfèvrerie, fonte du bronze. Il y apprend le dessin d'après le drapé, la perspective et la mécanique de chantier. Vers 1475, il peint l'ange de gauche du Baptême du Christ de son maître ; Vasari raconte que Verrocchio, dépassé, aurait alors renoncé à la peinture, anecdote qui relève de la légende. Viennent ensuite l'Annonciation des Offices et le portrait de Ginevra de' Benci. En 1476, il est visé avec d'autres jeunes gens par une dénonciation anonyme pour sodomie ; l'affaire est classée. En 1481, les moines de San Donato a Scopeto lui commandent une Adoration des mages qu'il laissera inachevée en partant pour Milan.

Le Montalbano autour de Vinci : les paysages de l'enfance de Léonard. Illustration IA

Milan et Ludovic Sforza (vers 1482-1499)

Pour entrer au service de Ludovic Sforza, Léonard rédige une lettre de candidature, conservée dans le Codex Atlanticus, où il se présente surtout comme ingénieur militaire : ponts mobiles, bombardes, véhicules couverts, machines de siège. La peinture et la sculpture n'arrivent qu'en fin de liste. À la cour, il est tour à tour peintre, organisateur de fêtes et ingénieur. Il signe en 1483 le contrat de la Vierge aux rochers, peint Cecilia Gallerani, maîtresse du duc, dans la Dame à l'hermine, et conçoit un monument équestre colossal à la gloire de Francesco Sforza. Le modèle en argile, d'environ sept mètres, est exposé en 1493 ; le bronze prévu part en 1494 à Ferrare pour fondre des canons.

Vers 1495-1498, il peint La Cène sur un mur du réfectoire de Santa Maria delle Grazie, non pas à fresque mais à sec, une technique qui lui laisse le temps de reprendre mais qui s'écaille très tôt. Il illustre aussi les polyèdres du traité De divina proportione de son ami le mathématicien Luca Pacioli. En 1490, un garçon de dix ans, Gian Giacomo Caprotti, surnommé Salaì, entre dans sa maison ; il restera plus de vingt-cinq ans à ses côtés. La chute de Ludovic, chassé par Louis XII en 1499, met fin à ce premier séjour milanais.

Florence, Borgia et la Joconde (1500-1506)

Après des haltes à Mantoue, où il dessine le portrait d'Isabelle d'Este aujourd'hui au Louvre, et à Venise, Léonard regagne Florence en 1500. En 1502, il entre au service de César Borgia comme architecte et ingénieur général, inspecte les forteresses de Romagne et dresse un plan d'Imola d'une précision inédite. De retour à Florence en 1503, il commence le portrait de Lisa del Giocondo, la future Joconde (voir qui a peint la Joconde et quand), travaille à la Sainte Anne et reçoit la commande d'une immense Bataille d'Anghiari pour la salle du Grand Conseil du Palazzo Vecchio, face à Michel-Ange chargé de la Bataille de Cascina. Aucune des deux fresques ne sera achevée ; selon les sources anciennes, la technique expérimentale de Léonard aurait mal séché. Son père meurt le 9 juillet 1504, date qu'il consigne dans ses notes.

Milan des Français, puis Rome (1506-1516)

En 1506, Charles d'Amboise, gouverneur français de Milan, obtient son retour. Louis XII le nomme son peintre en 1507 et lui verse une pension. C'est la période la plus scientifique de sa vie : hydraulique des canaux lombards, géologie, botanique, et surtout anatomie. Il dissèque à l'hôpital Santa Maria Nuova de Florence, puis travaille à Pavie avec le médecin Marcantonio della Torre ; en 1517, il affirmera avoir disséqué plus de trente corps. Un jeune noble lombard, Francesco Melzi, devient son élève et son secrétaire.

En 1513, le retour des Sforza à Milan et l'élection du pape Léon X le conduisent à Rome, où Julien de Médicis, frère du pape, le loge au Belvédère. Les commandes y sont rares : Léonard travaille sur des miroirs ardents, des projets d'assèchement des marais Pontins, et poursuit ses tableaux. La mort de Julien, le 17 mars 1516, le prive de son protecteur.

Amboise, les dernières années (1516-1519)

En 1516, Léonard accepte l'invitation de François Ier, vainqueur à Marignan l'année précédente. Installé dès octobre 1516 au manoir de Cloux, à quelques centaines de mètres du château d'Amboise, il reçoit une pension de 1 000 écus soleil par an, conçoit un palais pour Romorantin et règle des fêtes de cour. Il meurt à Cloux le 2 mai 1519, après avoir légué ses manuscrits à Francesco Melzi. Le récit complet de ce séjour, de la légende de sa mort dans les bras du roi et de sa tombe est développé dans la page Léonard de Vinci en France.

Personnalité et méthode : ce que révèlent ses carnets

Vasari le décrit d'une beauté et d'une force remarquables, d'une grande générosité, amateur de chevaux, achetant des oiseaux en cage pour leur rendre la liberté. Le portrait est flatteur et en partie construit, mais les carnets confirment l'essentiel : une curiosité sans limite et une méthode fondée sur l'observation directe plutôt que sur l'autorité des livres.

  • Gaucher et écriture en miroir. Léonard écrit de droite à gauche, lettres inversées ; ses hachures obliques, inclinées du haut à gauche vers le bas à droite, sont un indice qui aide à authentifier ses dessins.
  • Dessiner pour comprendre. Tourbillons d'eau, vol des oiseaux, muscles du visage : le dessin lui sert d'instrument d'analyse autant que d'étude préparatoire.
  • Peu de tableaux achevés. L'Adoration des mages, le Saint Jérôme, la Bataille d'Anghiari, le cheval Sforza sont restés inachevés ou détruits. La liste de ce qui subsiste figure dans la page œuvres de Léonard de Vinci.
  • Des carnets dispersés. Légués à Melzi, ils sont dispersés après sa mort en 1570. Le sculpteur Pompeo Leoni en démonte une partie pour composer le Codex Atlanticus, aujourd'hui à Milan. Il en subsiste plusieurs milliers de pages, réparties entre Milan, Paris, Londres, Windsor, Madrid, Turin et la collection de Bill Gates (voir les inventions et les carnets).
Eau, chevaux, mains : les carnets mêlent tous les sujets sur une même feuille. Illustration IA

Léonard de Vinci et la Joconde

De tous ses tableaux, la Joconde est celui que Léonard a gardé le plus longtemps : environ seize ans, de Florence à Amboise. Il y concentre ce que ses recherches lui ont appris sur la lumière, l'optique et l'anatomie du visage, et pousse à son comble le sfumato, ce modelé sans contours obtenu par glacis superposés. Le portrait de commande devient une démonstration d'art. Après sa mort, le tableau entre dans les collections de François Ier, ce qui explique pourquoi la Joconde est en France. Pour l'œuvre elle-même, ses dimensions et sa composition, voir la page consacrée au tableau de la Joconde.

Questions fréquentes

Où et quand est né Léonard de Vinci ?

Léonard est né le 15 avril 1452 à Vinci, bourg toscan situé à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Florence ; la tradition situe la maison natale dans le hameau voisin d'Anchiano. Il est le fils naturel du notaire ser Piero da Vinci et d'une jeune femme nommée Caterina. « Da Vinci » n'est pas un nom de famille mais l'indication de son lieu d'origine.

Où est mort et enterré Léonard de Vinci ?

Il est mort le 2 mai 1519 au manoir de Cloux, l'actuel Clos Lucé, à Amboise. Inhumé dans la collégiale Saint-Florentin du château d'Amboise, détruite au début du XIXe siècle, ses restes présumés ont été transférés en 1874 dans la chapelle Saint-Hubert du château, où se trouve sa tombe. Leur authenticité n'a jamais été prouvée.

Léonard de Vinci était-il gaucher ?

Oui. Ses contemporains le notent et ses dessins le confirment : les hachures obliques sont inclinées du haut à gauche vers le bas à droite, geste naturel pour un gaucher. Il écrivait aussi en miroir, de droite à gauche, ce qui évitait de tacher l'encre fraîche. Cette écriture n'était pas un code secret : elle se lit simplement dans un miroir.

Combien de tableaux Léonard de Vinci a-t-il peints ?

Selon les spécialistes, une quinzaine à une vingtaine de peintures lui sont attribuées, certaines en collaboration avec son maître ou son atelier. Plusieurs œuvres majeures sont perdues ou inachevées, comme la Bataille d'Anghiari. Le Louvre conserve cinq de ses tableaux, dont la Joconde, soit le plus important ensemble au monde.

Pourquoi Léonard de Vinci est-il si célèbre ?

Pour la qualité de quelques chefs-d'œuvre, la Joconde et La Cène en tête, et pour l'étendue de ses recherches consignées dans ses carnets : anatomie, vol, hydraulique, optique, mécanique. Au XIXe siècle, la redécouverte de ces manuscrits a fait de lui la figure du génie universel de la Renaissance.

Sources

  • Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, Florence, 1550 et 1568, « Vie de Léonard de Vinci ».
  • Carlo Vecce, Leonardo, Salerno Editrice, 1998, et Il sorriso di Caterina, Giunti, 2023.
  • Martin Kemp, Leonardo da Vinci. The Marvellous Works of Nature and Man, Oxford University Press, éd. révisée 2006.
  • Charles Nicholl, Léonard de Vinci. Biographie, Actes Sud, 2006.
  • Frank Zöllner, Léonard de Vinci. Tout l'œuvre peint et graphique, Taschen.
  • Vincent Delieuvin, Louis Frank (dir.), Léonard de Vinci, catalogue d'exposition, Louvre / Hazan, 2019.
  • Laure Fagnart, « Luigi d'Aragona's visit to Leonardo da Vinci (10 October 1517) », 2020.

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