IV — Au Louvre

Le tableau en face de la Joconde : Les Noces de Cana de Véronèse

Le tableau en face de la Joconde est Les Noces de Cana de Paolo Véronèse, peint en 1562-1563 pour un monastère de Venise : 6,77 m sur 9,94 m, le plus grand tableau du Louvre, saisi par l'armée française en 1797.

Mis à jour le · 9 min de lecture

Paolo Véronèse, Les Noces de Cana, 1562-1563, huile sur toile, 6,77 × 9,94 m. Musée du Louvre, INV 142. Domaine public
Peintre
Paolo Caliari, dit Véronèse
Date
1562–1563
Dimensions
6,77 × 9,94 m
Personnages
Environ 130
Salle
711, face à la Joconde

Le tableau en face de la Joconde, c'est Les Noces de Cana de Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588). La toile occupe tout le mur qui fait face à la cimaise de la Joconde, dans la salle des États du Louvre : 6,77 m de haut, 9,94 m de large, soit environ 67 m² de peinture. C'est le plus grand tableau du musée. Peint en 1562-1563 pour le réfectoire du monastère bénédictin de San Giorgio Maggiore, à Venise, il a été emporté par les troupes françaises en 1797 et n'est jamais reparti.

Titre
Les Noces de Cana
Artiste
Paolo Caliari, dit Véronèse (Vérone, 1528 – Venise, 1588)
Date
1562-1563
Technique
Huile sur toile
Dimensions
6,77 × 9,94 m
Inventaire
INV 142 (MR 384), département des Peintures
Provenance
Réfectoire de San Giorgio Maggiore, Venise ; prélevé en 1797, au Louvre en 1798
Emplacement
Salle 711 (salle des États), aile Denon, niveau 1

Quel est le tableau en face de la Joconde ?

Les Noces de Cana illustrent l'épisode de l'Évangile de Jean où le Christ, invité à un mariage en Galilée, change l'eau en vin : son premier miracle. Véronèse en fait un festin vénitien de son temps, sous une architecture de colonnes et de balustrades inspirée de Palladio. Selon le Louvre, la toile compte environ 130 personnages, convives, serviteurs, musiciens, badauds penchés aux balcons. Le contraste avec le tableau d'en face est vertigineux : la Joconde mesure 79,4 × 53,4 cm, et la surface des Noces de Cana est près de 160 fois supérieure.

Ce face-à-face est relativement récent. Au XIXe siècle, la toile a longtemps dominé le Salon carré, où la Joconde fut elle aussi accrochée : c'est de là qu'elle fut volée en 1911. Les Noces de Cana gagnent la salle des États au XXe siècle, quand celle-ci devient la salle des Vénitiens ; la Joconde y est présentée depuis 1966 selon le musée et, depuis 2005, isolée sur sa cimaise centrale, elle fait directement face à la toile.

Une commande des bénédictins de Venise en 1562

Le contrat est signé le 6 juin 1562 entre les moines bénédictins de San Giorgio Maggiore et le jeune Véronèse, alors âgé d'environ trente-quatre ans. Le tableau doit couvrir le mur du fond du nouveau réfectoire que construit pour eux Andrea Palladio. Les termes, publiés par les historiens, prévoient 324 ducats, l'entretien du peintre pendant le travail, ses repas au réfectoire et un tonneau de vin. Le contrat demande d'y placer autant de figures que l'espace le permettra. Véronèse livre l'œuvre en septembre 1563, en un peu plus d'un an.

Le choix du sujet n'est pas anodin : les moines prenaient leurs repas sous ce banquet sacré, dans une salle dont l'architecture peinte prolongeait celle de Palladio. Véronèse, qui deviendra le peintre des grandes cènes vénitiennes, y fixe une formule qu'il reprendra souvent : une scène biblique transformée en fête patricienne.

Évocation : le réfectoire de San Giorgio Maggiore, pour lequel la toile a été conçue. Illustration IA

Saisie en 1797 : pourquoi le tableau n'est jamais rentré à Venise

Le 11 septembre 1797, quelques mois après la chute de la République de Venise, des soldats de l'armée d'Italie de Bonaparte décrochent la toile au titre des prises de guerre. Pour la transporter, ils la roulent ; plusieurs récits indiquent qu'elle fut aussi découpée horizontalement. Elle arrive au Louvre en 1798. La notice du musée résume : « prélevé en 1797 ; transporté au Louvre en 1798 », mode d'acquisition « conquête militaire ».

En 1815, après la chute de l'Empire, les Alliés obtiennent la restitution de nombreuses œuvres saisies, et le sculpteur Antonio Canova, envoyé du pape, œuvre au retour des chefs-d'œuvre italiens. Vivant Denon, directeur du musée, fait valoir que la toile, immense, ne supporterait pas un nouveau voyage. Un échange est conclu : Venise reçoit à sa place un grand tableau de Charles Le Brun, Le Repas chez Simon (aussi appelé La Madeleine chez le Pharisien). Les Noces de Cana restent à Paris. Ce sort diffère de celui de la Joconde, achetée par François Ier et non prise de guerre, comme l'explique la page pourquoi la Joconde est en France.

La toile a encore été mise à l'abri deux fois, en 1870 et en 1939, lors des guerres qui menaçaient Paris ; pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a quitté le Louvre comme la Joconde (voir la Joconde pendant la guerre).

Comment lire Les Noces de Cana

Placez-vous au fond de la salle, loin de la file de la Joconde : c'est le seul point d'où l'on embrasse la composition. Puis rapprochez-vous par zones.

Le Christ, au centre exact

Le Christ, auréolé, est assis au milieu de la table, de face, avec la Vierge à ses côtés. Il est l'un des rares personnages immobiles et frontaux dans une foule qui gesticule : tout l'édifice est construit sur son axe. Juste au-dessus de lui, sur la balustrade, un serviteur découpe une pièce de viande ; on y lit généralement une allusion à l'Agneau de Dieu et au sacrifice à venir.

Les musiciens, au premier plan

Au centre du premier plan, un petit orchestre joue autour d'une table où est posé un sablier, rappel du temps qui passe et de la vanité des plaisirs. Une tradition, rapportée dès le XVIIe siècle par l'écrivain vénitien Marco Boschini, y reconnaît les grands peintres de Venise : Véronèse lui-même, en blanc, jouant de la viole, Jacopo Bassano, Tintoret et, en rouge avec un instrument à cordes grave, Titien. Aucun document ne le prouve, et une étude récente propose même d'identifier l'un des joueurs de viole comme le théoricien de la musique Diego Ortiz. L'idée reste séduisante : les maîtres de la peinture vénitienne réunis en face de Léonard.

Le miracle, sur le côté

Le miracle ne se joue pas au centre mais à droite, discrètement : des serviteurs versent le vin nouveau depuis de grandes jarres, et un personnage examine le vin dans son verre. Plus loin, à gauche, les mariés occupent le bout de la table. Une autre tradition, plus fragile encore, a voulu reconnaître parmi les convives des souverains contemporains (François Ier, Charles Quint, Soliman le Magnifique, Éléonore d'Autriche…). Elle relève de la légende.

Détail des musiciens. La tradition y voit Véronèse, Bassano, Tintoret et Titien ; rien ne le prouve. Domaine public

Restauration, polémique et accident de 1992

La toile a été restaurée à partir de 1989, sous les yeux du public, sur un échafaudage dressé dans la salle. Le chantier a suscité une controverse : le dégagement d'un repeint a rendu au manteau de l'intendant son vert d'origine, à la place du rouge que des générations de visiteurs connaissaient. En juin 1992, en fin de restauration, un incident de manutention a déchiré la toile en plusieurs endroits, dans des zones d'architecture et d'arrière-plan, sans atteindre les visages ; les dommages ont été réparés. Le Louvre a publié la même année un catalogue consacré à l'œuvre et à sa restauration.

Le fac-similé de 2007, retour à Venise

Le 11 septembre 2007, exactement 210 ans après la saisie, une copie grandeur nature est installée à sa place d'origine, au fond du réfectoire de San Giorgio Maggiore, aujourd'hui siège de la Fondazione Giorgio Cini. Réalisé par l'atelier madrilène Factum Arte à partir de 1 591 fichiers numériques, ce fac-similé reproduit le tableau dans son état actuel. L'opération a nourri un débat sur ce qu'est un original : le philosophe Bruno Latour et Adam Lowe, fondateur de Factum Arte, y ont consacré une exposition à Venise à l'automne 2007. Les visiteurs de Venise voient donc la toile dans son cadre architectural, ceux du Louvre voient la vraie peinture, dans une salle qui n'a pas été conçue pour elle.

Deux chefs-d'œuvre dos à la foule

La salle 711 offre une situation unique : le plus petit chef-d'œuvre célèbre du musée et son plus grand tableau se regardent d'un bout à l'autre de la salle, et la plupart des visiteurs ne voient que l'un des deux. Lors de la rénovation de 2019, le Louvre estimait que la moitié des personnes entrant dans la salle ne regardaient que la Joconde et les Noces de Cana ; beaucoup photographient la Joconde en tournant le dos à la toile de Véronèse. Tout oppose pourtant les deux œuvres : un portrait intime sur bois contre une fête publique sur toile, un fond de paysage brumeux contre une architecture nette, un seul visage contre cent trente. Les deux tableaux disent pourtant la même ambition de la Renaissance : représenter le monde visible tout entier, l'un par la profondeur, l'autre par l'abondance. Pour comprendre ce qui se passe en face, voir l'analyse du tableau de la Joconde et le guide pratique pour voir la Joconde au Louvre.

Évocation : les Noces de Cana et la Joconde se font face dans la salle 711. Illustration IA

Questions fréquentes

Quel est le tableau en face de la Joconde au Louvre ?

C'est Les Noces de Cana de Paolo Véronèse, peint en 1562-1563 pour le monastère de San Giorgio Maggiore à Venise. La toile couvre le mur de la salle des États (salle 711) qui fait face à la cimaise de la Joconde. Elle représente le premier miracle du Christ, l'eau changée en vin, sous la forme d'un festin vénitien.

Quelle est la taille des Noces de Cana ?

La toile mesure 6,77 m de haut sur 9,94 m de large, soit environ 67 m². C'est le plus grand tableau du Louvre. À titre de comparaison, la Joconde mesure 79,4 × 53,4 cm : la surface des Noces de Cana est près de 160 fois supérieure. Le Louvre y compte environ 130 personnages.

Pourquoi Les Noces de Cana sont-elles à Paris et non à Venise ?

La toile a été saisie le 11 septembre 1797 par l'armée de Bonaparte et transportée au Louvre en 1798. En 1815, lors des restitutions, la France a fait valoir qu'elle était trop grande et trop fragile pour voyager, et Venise a reçu en échange un tableau de Charles Le Brun. Depuis 2007, un fac-similé occupe sa place d'origine à San Giorgio Maggiore.

Qui sont les musiciens des Noces de Cana ?

Selon une tradition rapportée au XVIIe siècle, les musiciens du premier plan seraient les peintres vénitiens Véronèse (en blanc, à la viole), Jacopo Bassano, Tintoret et Titien (en rouge). Aucun document de l'époque ne confirme ces identifications, et des chercheurs ont proposé d'autres noms. Il faut donc les présenter comme une légende séduisante, pas comme un fait.

Combien Véronèse a-t-il été payé ?

D'après le contrat du 6 juin 1562 publié par les historiens, les bénédictins de San Giorgio Maggiore lui promettaient 324 ducats, son entretien pendant le travail, ses repas au réfectoire et un tonneau de vin. L'œuvre a été livrée en septembre 1563, après environ quinze mois de travail.

Sources

  • Musée du Louvre, notice des Noces de Cana (INV 142), site des collections.
  • Musée du Louvre, « De La Joconde aux Noces de Cana. Salle des États » et parcours « Chefs-d'œuvre du Louvre », consultés en novembre 2026.
  • Musée du Louvre, Les Noces de Cana de Véronèse. Une œuvre et sa restauration, catalogue d'exposition, 1992.
  • Fondazione Giorgio Cini et Factum Arte, documentation sur le fac-similé installé le 11 septembre 2007 et l'exposition « Le Miracle de Cana. L'originalité par la reproduction » (2007).
  • Marco Boschini, Le ricche minere della pittura veneziana, Venise, 1674 (tradition des musiciens).
  • Associated Press, dépêche sur l'accident survenu pendant la restauration, juin 1992.

À lire aussi